Il est parti !
Je vous ai parlé de lui dans un billet le 1er octobre dernier. Benoît, jeune Autunois de 29 ans, est parti aujourd’hui pour un tour d’Europe et d’Asie qui doit durer quinze mois. Son objectif : aller à la rencontre de « témoins du climat », c'est-à-dire des femmes et des hommes qui étudient, anticipent, combattent… le réchauffement climatique. Benoît a donc quitté aujourd’hui Autun pour gagner Turin, point de départ de son périple.

De l’école primaire au lycée, plusieurs classes le suivront, par site internet interposé. Ces élèves devraient être émerveillés par la détermination et l’entrain de leur reporter climatique. Je peux témoigner que si beaucoup disent que le réchauffement climatique est un problème majeur pour notre planète et ses habitants, encore trop rares sont ceux qui le pensent aussi fortement et aussi sincèrement que lui.
Pour vous en convaincre allez faire un tour sur son site. Vous constaterez tout le travail déjà accompli. Des interviews réalisées en France sont déjà en ligne, je vous conseille celle d’Yves Richard, un passionnant professeur de l’université de Dijon qui évoque l’évolution du Climat en Bourgogne.
Bon voyage Benoît, salue de notre part les terriennes et terriens que tu rencontreras et qui veulent comme nous léguer aux générations qui les suivront une planète vivable et riche de diversités...
L'Etat n'a pas été correct avec moi !
« Dites bien que l'Etat n'a pas été correct avec moi ! »
Telles sont les paroles confiées à un journaliste du Monde en 2005 par Louis de Cazenave, l’avant-dernier « poilu » encore en vie, qui vient de s’éteindre à Brioude à l’âge de 110 ans.
« Dites bien que l'Etat n'a pas été correct avec moi ! »
Telles sont les paroles laissées aux générations futures par ce très vieil homme qui avait connu – comme des centaines de milliers d’autres jeunes hommes – l’horreur absolue des champs de bataille.
Louis de Cazenave avait refusé – au cas où il serait le dernier poilu à mourir – toute idée d’obsèques nationales. Il ne s’était jamais rendu aux cérémonies du 11 novembre à Paris. Le grand âge ne lui avait pas fait oublier le sort funeste et révoltant réservé à sa génération. Il déclarait : « Je ne vois pas pourquoi j’aurais une médaille, alors que les camarades là-bas n’ont même pas eu droit à une croix de bois ».
Il avait compris, bien mieux que tant de « grands hommes » dont nos avenues portent le nom, ce que le mot « fraternité » voulait dire : « Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leur mère, suppliaient qu'on les achève. C'était une chose horrible. Les Allemands on les retrouvait quand on allait chercher de l'eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez. ». Que Louis, plus que tout autre, repose en PAIX.

Monument aux morts de Gentioux, dans la Creuse : "Maudite soit la guerre"

Monument aux morts de Strümpfelbach, en Allemagne : "Nie wieder Krieg ! ", plus jamais la guerre...
Développement durable... des colloques
Si vous en avez l’envie, le temps et les moyens, vous pouvez passer votre vie de colloque en colloque en séminaire, et de congrès en forums sur le développement durable.J’ai dressé pour vous un agenda du début de l’année.Le 15 janvier, vous serez à Grenoble pour savoir « pourquoi et comment engager une entreprise sur la voie du développement durable ». Le lendemain, le 16, vous serez à Paris pour une « conférence sur l'adaptation au changement climatique » proposée par la Caisse des Dépôts, qui gère 200.000 hectares de forêts et pourrait par exemple les certifier FSC. Le 17 janvier à Avoriaz, un grand forum international soutenu par la Banque Populaire : «Les stations de montagne s’engagent pour la planète », lesquelles pourraient par exemple arrêter de faire la promotion des quads et des motoneiges. Le 18, vous pourrez vous reposer et vous préparer au colloque du lendemain : « Quel aménagement durable du territoire alsacien ? ».
Vous avez passé une bonne semaine ? On continue.Lundi 21, vous êtes de retour dans la capitale pour le colloque « Certification en agriculture : de l'engagement individuel à une démarche collective » en présence de Michel Barnier, Luc Guyau, du président de la coopérative Champagne Céréales et du secrétaire national de France Nature Environnement. La semaine commence mal, je vous l’accorde !Le 22, vous serez des « Rencontres sur l'avenir des déchets en Ile-de-France ». Je crois aussi que les déchets ont de l’avenir, et pas seulement en Ile-de-France… Le 23, vous restez à Paris pour un colloque sur « Les enjeux sanitaires de la production agricole » où vous rencontrerez, outre deux directeurs de la Commission Européeenne, de grands pourfendeurs des pesticides, comme les PDG de Bayer et du Groupe Bonduelle, le directeur des achats de Nestlé ou encore… Michel Barnier. Décidément, ce dernier va finir par vous reconnaître dans la salle… J’arrête là, mais la preuve est faite que vous pourrez passer votre vie au chaud, confortablement calé dans les fauteuils des salles de conférences, à écouter la bonne parole servie par des « spécialistes es colloques en développement durable ».

Ces incessants séminaires et colloques sur le développement durable, organisés par des administrations ou des collectivités, et souvent financés par des grands groupes, ne cachent-ils pas finalement une difficulté de fond à agir et à changer ses pratiques ? Le fait d’y trouver en nombre des hauts-fonctionnaires ou des élus pose évidemment question. Dans le même temps, combien d’entre eux osent avouer un penchant pour la défense de l’environnement, alors qu’il est de bon ton – dans un certain milieu – de dénigrer les écologistes et leurs combats ? Combien osent remettre en cause ce qui leur a été enseigné dans leurs hautes écoles ? Les préjugés technocratiques se transmettent hélas de génération en génération et le fait d’être et de rester dans le rang est bien souvent la clé des carrières réussies et de réélections sans surprise.Combien ont oublié qu’ils sont là pour défendre l’intérêt général et qu’ils doivent pour cela forcément se mettre à dos des lobbies économiques puissants, qui ne poursuivent pas ce même objectif ? Et que dire d’une fédération d’associations de protection de l’environnement, qui accepte de plus en plus souvent d’apporter sa caution à des campagnes de communication de grands groupes industriels ? Avec ou sans le Grenelle, la révolution écologique reste à faire, d’abord dans les têtes…
Bali, c'est fini
En 1974, René Dumont, premier candidat écologiste à une élection présidentielle en France, écrivait dans son livre-programme que le climat pourrait bien se trouver bouleversé par l’augmentation des émissions de gaz carbonique. 34 ans plus tard, les grands partis et dirigeants politiques semblent d’accord sur la réalité du phénomène. Combien de décennies faudra-t-il encore pour qu’ils se mettent d’accord sur des dispositions coercitives destinées à sauver la planète ? La récente conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Bali n’a conduit qu’à repousser les décisions concrètes et chiffrées à… la conférence de Copenhague fin 2009. Au mieux, deux années perdues… Et pourtant, l’urgence est patente.
En France, le gaspillage énergétique se porte à merveille. Les décorations électriques de Noël font l’objet de concours organisés par les collectivités locales. Les terrasses de café s’ornent depuis quelques jours de lampadaires chauffants. Comme l’écrit un fabricant, « le chauffe-terrasse prolonge les plaisirs de la saison en plein air et permet de se divertir à l’extérieur quelle que soit la saison. Il est idéal pour agrémenter les soirées lorsque la température se refroidit ».

Invraisemblable. Pendant que Jean-Louis Borloo demande à Bali, au nom de la France, un engagement des pays industrialisés sur une réduction de 25 % à 40 % d’ici à 2020 de leurs émissions de gaz à effet de serre, les cafés de France s’équipent en toute impunité de machines à brûler du gaz pour chauffer les rues…
Quant au fameux Grenelle de l’environnement, il aura fallu une grève de la faim médiatique pour aboutir peut-être sur l’une des micro-promesses qui en étaient sorties…
Finalement, le slogan de mai 68 – « il est interdit d’interdire » - n’aura trouvé sa pleine et entière application que dans le cadre de la protection de l’environnement.
Chers lecteurs, je vous souhaite de tout coeur une bonne et heureuse année.
Et en terme de bonnes résolutions pour 2008, pour l’avenir de la planète, pour la paix et l’équité entre les hommes, sachez ne compter que sur vous et sur vos actions. N’attendez pas passivement que les grands dirigeants et partis au pouvoir se convertissent subitement à la défense de l’intérêt général. Militez, adhérez, échangez, transmettez, formez-vous, résistez sans relâche !

Reiser
Lulu d'Autun, gardienne du Monde
Lulu d'Autun, gardienne du Monde. Tel est le titre de l'article que Fabrice Nicolino a consacré à Lucienne Haese, présidente d'Autun Morvan Ecologie. Pour celles et ceux qui n'ont pas pu assister à la conférence qu'il a donnée à Autun début décembre, je précise que Fabrice Nicolino est un journaliste (Terre Sauvage, La Croix, Telerama, Canard Enchaîné, Géo...) et écrivain. J'ajoute que son blog, au titre utopique "Planète sans Visa" ouvre les yeux sur une planète passionnante.
Lucienne Haese, à droite de profil, devant un groupe de lycéens
Voilà l'article, dans son intégralité :
"Attention, l’amitié peut conduire à Autun (Saône-et-Loire). Celle que j’éprouve pour Lulu, Lucienne Haese, m’a mené là-bas, hier vendredi. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’étais pas dans une forme olympique. Mais bon, Lulu est Lulu.
Et comme elle m’avait invité à parler de mon livre sur les biocarburants, à la suite de l’Assemblée générale de son association, Autun-Morvan-Écologie, j’y suis allé, bien sûr. Je n’ai pas regretté une seconde, car la salle était davantage qu’intéressée par mon propos, amicale en outre, sympathique au possible. J’ai donc pu parler librement, sans détour, de la tragédie planétaire en cours, qui affame, ravage les forêts tropicales et détruit un peu plus le climat. Le maire d’Autun, le socialiste Rémy Rebeyrotte, était là, et m’a même acheté un livre. Le monde réel est plein de surprises. Thierry Grosjean, mon cher Thierry Grosjean, d’Ouroux, avait fait le déplacement. Ceux qui connaissent ce brave, que je n’avais pas vu depuis des années, comprendront.
Autun, donc, par le TGV Paris-Montchanin puis le bus jusqu’à Autun. Où Lulu m’attendait, à l’arrêt Lycée militaire. J’ai connu Lulu il y a quelque chose comme huit ans - je crois -, un jour que j’étais allé la trouver dans son local de la rue de l’Arquebuse. Elle est exceptionnelle. C’est une femme du peuple, aujourd’hui retraitée, qui a vaillamment conquis des responsabilités dans les entreprises qui l’ont employée. Elle a terminé sa carrière comme chef comptable dans une fabrique de parapluies familiale, aujourd’hui morte et enterrée sous les coups de la mondialisation. Et elle aime la forêt. Attention : d’un amour pur et violent, sans détour, évident, quoi !
Hier, elle m’a confié qu’elle devait ce grand défaut, qui est une immense qualité, à son père, qui l’emmenait, au temps de l’enfance, dans les forêts des environs, très tôt souvent. Écoutez-la, plutôt : « Un arbre, c’est comme un animal, c’est un être vivant. Un arbre, on peut l’entendre, car il parle. Vous êtes en forêt, tout est calme, et soudain l’un d’eux se met à parler, aidé parfois par le vent ». Telle est Lucienne, hélas sans son accent morvandiau.
Le soir venu, devant l’assemblée réunie, elle m’a fait un cadeau si fabuleux que l’émotion m’a saisi. Heureusement, je sais me tenir. Elle m’a en effet offert une part de forêt, la 1953 ème part de forêt morvandelle détenue par le Groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan. Me voilà propriétaire, théorique mais réel, d’un carré de 25 mètres sur 25, là-bas. J’en suis fier, j’en suis infiniment heureux.
Je vous dois une explication : Lucienne ne lâche jamais. Son combat principal consiste à dénoncer le massacre de cette forêt primordiale et mythologique qui a couvert pendant des millénaires sa région. Car le Morvan n’a longtemps été qu’une forêt, trouée de loin en loin pour les besoins humains. Une forêt de chênes et de hêtres, associée à quelques charmes, bouleaux ou châtaigniers, depuis quelques siècles pour ces derniers.
Mais tout a changé, comme partout. Pour la raison folle qu’il faut gagner de l’argent au plus vite - Take the money and run, Prends l’oseille et tire-toi -, des propriétaires forestiers ont commencé à remplacer les feuillus par des résineux. Dès après la Seconde guerre mondiale. Ce qui n’était qu’épiphénomène est devenu épidémie. Le Fonds forestier national (FFN) a massivement distribué des subventions publiques à qui plantait des pins Douglas, et la machine s’est emballée. En 1970, les résineux représentaient déjà 23 % du peuplement forestier du Morvan. Et 40 % en 1988. Et plus de 50 % aujourd’hui.
Des grandes compagnies bancaires ou d’assurance - Axa, les Caisses d’épargne - paient des gens pour répérer les ventes de forêts, ou pour les susciter. Ainsi sont apparues des propriétés de centaines d’hectares d’un tenant, sur lesquelles passent d’infernales machines à déraciner les arbres tout en les découpant. Table rase ! Coupe à blanc ! Lulu m’a montré des photos : je ne croyais pas cela possible en France. Une déroute écologique. Les résineux sont vendus en bloc, d’autres machines passent derrière et plantent des théories de nouveaux résineux, qui seront à leur tour broyés dans trente ou quarante ans. Ces monocultures sont des déserts biologiques. Et une insulte au beau, à l’histoire, à la culture profonde des Morvandiaux.

Coupe rase récente en Morvan
Lulu est restée debout, envers et contre tout, et tous. « Un jour, raconte-t-elle, j’ai pensé : “Mes cocos, vous allez voir de quel bois je me chauffe”. Et j’ai commencé à apprendre ». Oui, Lulu a dû apprendre à parler la langue des seigneurs. Et ce fut dur. Car elle ne savait pas les codes. Car, dans les réunions, elle entendait des mots qu’elle ne comprenait pas. « Les premières fois, ajoute-t-elle, j’avais les mains paralysées. Mais j’ai pris de l’aplomb ». Tout Lulu est là.Depuis, infatigable, elle traque députés et préfets, responsables en tous genres, qui la voient arriver de loin. Au cours des repas officiels où on l’invite parfois, c’est à peine si elle mange. Son obsession, c’est le dossier qu’elle a sous le bras, et qu’elle remettra, de gré ou de force, à l’Éminence du jour. D’où ce groupement forestier, dont je fais désormais partie.En quelques années, Lulu et ses amis sont parvenus à racheter 100 hectares environ, les sauvant de la mort industrielle. Mieux : en s’associant avec le Conservatoire des sites naturels et la ville d’Autun - eh oui, hier soir, le maire n’était pas là par hasard -, la fine équipe a pu acquérir les 270 hectares de la somptueuse forêt de Montmain, au-dessus d’Autun. Dont des sources, un aqueduc, les restes d’une ancienne villa gallo-romaine. Où est la culture ? Qui sont les barbares ?Je ne connais pas d’exemple, en France, de groupe qui se batte avec tant de vigueur pour nos forêts. Mais peut-être suis-je ignorant ? J’en serais ravi, en l’occurrence. Reste que Lulu, Autun-Morvan-Écologie, le Groupement forestier sont des exemples. De l’esprit de résistance, bien entendu, qui nous manque tant. Si vous avez des idées pour soutenir ces valeureux, debout ! Ils le méritent. Moi, je vais tenter ce que je peux pour faire connaître ce combat, pour qu’il devienne national, européen peut-être.L’association de Lulu a un site sur le net (http://autun.morvan.ecolog.free.fr), et une adresse postale : Autun-Morvan-Écologie, BP 22, 71401 Autun Cedex. Mais je vous conseille de téléphoner, car avec un peu de chance, vous tomberez sur Lulu, directement : 03 85 86 26 02. Et si c’est le cas, je vous le demande, embrassez-la de ma part. Elle est irremplaçable."
Noël
Lecteurs occasionnels ou réguliers, je vous offre ce chant de Noël.
C’est une chanson de Jean Naty-Boyer chantée par les enfants de l’école Massé au Québec…

Enfants de Palestine
Ou enfants d'Israël...
Espérons que ceux là connaîtront un jour prochain la paix et le respect mutuel.
En France, une autre version pourrait être « Enfants avec papiers, ou enfants sans papiers »...
A quelques jours de la fête des enfants, j’ai une pensée pour tous ceux qui ne peuvent attendre Noël dans la sérénité, car leurs parents n’ont pas les papiers qui leur permettraient de vivre tranquillement avec leur famille. Une pensée pour tous ces enfants qui, comme leurs parents, ont la peur au ventre. Peur que leurs parents ne soient arrêtés lors d’une rafle ou d’un contrôle inopiné. Peur que des policiers ne frappent à leur porte à six heures du matin. Ou qu’ils viennent les chercher à l’école et les emmènent devant leurs camarades et leur maître ou leur maîtresse, comme cela s'est vu récemment. Peur que tout bascule, que leur famille ne soit séparée, ou placée en centre de rétention. Peur de l'enfermement, de l’expulsion, de la honte...
Si l’Europe a pu être un symbole dans la route vers la paix et la justice entre les peuples, elle risque de montrer un bien autre visage si elle persiste dans ce que la CIMADE appelle la «directive de la honte». Avec le soutien de nombreuses autres associations (pour la France, citons Emmaüs, Attac, le Secours Catholique, la Ligue des Droits de l’Homme, Survie…) et les églises, elle s’insurge contre ce projet de directive, qui prévoit entre autres que les sans-papiers pourront être placés dans des centres de rétention pendant 18 mois. La forteresse Europe va-t-elle maintenant se couvrir de camps pour enfermer les étrangers sans-papiers et leurs enfants ?

Signez l'appel !
Benali Sahnoune, sans-papier sans histoire
Dans l’imaginaire collectif français, alimenté par moult reportages télévisuels édifiants, le sans-papier est devenu bien souvent un africain débarqué clandestinement sur les côtes françaises, qui se terre chez des marchands de sommeil, vit de petits boulots au noir et est plus ou moins une charge pour la société. L’image est habilement entretenue par certains élus, qui justifient ainsi leurs politiques d’expulsion face à une opinion peu au fait de la réalité.
Laquelle réalité est souvent bien différente, avec des sans-papiers qui vivent souvent depuis des années en France, y travaillent, y vivent en famille et y ont bâti tout leur réseau de sociabilité. Ils ont seulement échoué à obtenir leurs papiers, victimes de pièces manquantes, d’une vision trop restrictive du droit d’asile, de lois de plus en plus dures, en changement perpétuel et à géométries variables d’une préfecture à l’autre.
Et lorsque des objectifs chiffrés d’expulsion sont fixés, et que les Préfets mauvais élèves sont convoqués au ministère, ce sont les personnes les plus connues, ou celles qui ont déposé des demandes de régularisation qui sont les premières victimes de l’administration.
Souvent, lorsque le sans-papier quitte son image impersonnelle et son étiquette, il devient sympathique et son expulsion entraîne une vague de soutien. C’est ce qui vient d’arriver à Chalon-sur-Saône. La police n’a pas eu beaucoup de mal à arrêter Benali Sahnoune, un algérien de 40 ans. Titulaire d’un CDI dans une exploitation viticole de la Côte Chalonnaise, payant ses impôts et ses cotisations, M. Sahnoune n’était finalement pas très clandestin. Son employeur le considère comme « un travailleur sérieux, compétent et très gentil ». Mais la police a des objectifs et pour les atteindre, elle n’avait qu’à attendre M. Sahnoune le matin, sur la route reliant son domicile à son travail, pour l’arrêter, le menotter et l’envoyer en centre de rétention à Lyon, avant de l’expulser de France, le séparant ainsi de ses collègues, de ses amis, de ses parents et de ses sœurs qui sont elles françaises… Traduction concrète et hélas ordinaire du programme administratif et comptable des expulsions.
Les articles consacrés à Monsieur Sahonoune par le Journal de Saône-et-Loire ont entraîne une flopée de réactions de lecteurs allant toutes dans le sens de la solidarité :
« Employé chez Mr Millet depuis 20 ans, Rendez moi mon collègue de travail Benali » . Jean-Jacques
« Il est inadmissible d'expulser un homme intégré, sans histoire, qui a un travail et n'est donc pas à la charge de l'état!! Si sa vie est en danger dan son pays, il est de notre devoir de le régulariser!! On marche sur la tête...( …) Courage à Monsieur Sahnoune et à sa famille... » - Karine
« Ce type de 40 ans qui travaille, qui a la totalité de sa famille proche en France devrait rentrer dans le cadre de dispositions spéciales et être un exemple pour les jeunes. C'est inadmissible de toujours prendre la loi au pied de la lettre.... » Ray.
Lueur d’espoir pour l’avenir : quand le sans-papier est démystifié et dépolitisé, la solidarité revoit le jour.
Je finis mon billet en reprenant les mots que Virginie Schickel, de RESF Marseille a consacrés à la famille Tastan, victime d’un harcèlement sans borne (à lire ici)« Il faut réagir. Le pire qui pourrait advenir serait que l’opinion s’habitue. Que les rédactions des médias se vaccinent : encore un sans-papiers qui passe par la fenêtre, encore un enfant rendu orphelin, un nourrisson en garde à vue, une famille éclatée, un père expulsé en laissant cinq enfants en France, pourquoi en parler, c’est tous les jours… Eh bien, oui, c’est justement parce que c’est tous les jours qu’il faut en parler. Et beaucoup. Et ne pas laisser faire »
Quand la justice déménage
Autun fait donc partie des quelque 200 villes qui vont voir leur tribunal d’instance fermer. On ne sait pas vraiment sur quelles bases les choix se sont faits, la Ministre n’ayant pas pu – lors de son tour de France mouvementé – évoquer la moindre étude ou audit pour étayer ses décisions.
Quoi qu’il en soit, le citoyen d’Anost devra rouler trois heures aller-retour pour une simple démarche au tribunal d’instance. Entre Nevers et Chalon-sur-Saône, vous traverserez sur 153 km et 2 h 45, un superbe désert judiciaire, qui sera sans doute bientôt aussi un désert humain, tandis que Chalon-sur-Saône et Mâcon, deux villes moyennes à 30 minutes l’une de l’autre, gardent chacune leurs tribunaux. Où réside l’intérêt lorsqu'on oblige les usagers à faire des centaines de kilomètres pour leurs démarches ? Où est l’intérêt d’agrandir des tribunaux là où les terrains sont les plus chers ? D'encombrer encore plus les tribunaux les plus chargés, en réduisant à néant la justice de proximité, là où elle fonctionnait le mieux ?
Cette réforme laisse un goût amer, car en réalité, ce sont bien les petites villes qui sont délibérément visées. Des petites ville qui sont victimes depuis des années du déménagement systématique des services de l’Etat, programmé par des technocrates penchés sur les chiffres et coupés des réalités de la province.
En quoi le modèle des petites villes gêne à ce point l’Etat ? Elles qui offraient pourtant des conditions idéales de développement humain et économique au meilleur coût : du foncier bon marché, une offre de santé et de services complète, des crèches sans ou à peu près sans liste d’attente, du logement social inoccupé, un échane économique avec tout un arrière-pays rural, etc.
Mais la vision de l’Etat se borne hélas à quelques grandes métropoles perdues dans un immense désert rural, dont on ne sait ce qu’il deviendra. Sans doute une alternance de céréales OGM et de forêts industrialisées à perte de vue, traversées par des autoroutes et des lignes TGV.

Malhonnêtes et sales
Dimanche dernier dans l’émission Capital de M6, Brice Hortefeux, le ministre de l’Immigration, de l’Intégration et de plein d’autres choses, est questionné par l’animateur Guy Lagache qui lui fait remarquer que, malgré les 25.000 expulsions programmées chaque année, il y aura toujours des centaines de milliers de sans-papiers en France.
Brice Hortefeux finit par lui répondre : « Si vous rêvez d'une société idéale dans laquelle il n'y aurait que des citoyens honnêtes, propres... »
Monsieur Hortefeux, bien qu’en possession d’une carte nationale d’identité française – par le jeu du hasard ou la grâce du destin - savez-vous que nous sommes tous des citoyens malhonnêtes et sales ? Qu’attendez-vous donc pour nous expulser de France ?

Il semblerait que la Belgique ne soit pas non plus une société "idéale"...
Bribes d'échos
Le hasard veut que je dispose depuis quelques jours du quotidien économique « Les Echos ». L’occasion d’une plongée dans le monde des affaires. Au hasard des articles, on apprend finalement beaucoup de choses…

- Etonnant, ce titre : Baisse de la part des prestations sociales dans le PIB. Tiens, tiens… le total «retraites + assurance maladie + chômage + minima sociaux » augmenterait moins vite que le PIB en France… C'est bon à savoir, on nous dit si souvent le contraire !
- Voyages d’affaires : le marché français en pleine croissance. Si les pauvres de la planète sont assignés à résidence, les hommes d’affaires passent eux de plus en plus de temps dans les avions et les aéroports... "La mondialisation dope le marché" explique un expert.
- Les distributeurs de carburant s’engagent à ne pas profiter outrageusement de la flambée du baril. A partir de quel profit commence l’outrage ?
- Le Directeur de l’école d’économie de Paris se veut rassurant : «Le revenu par tête en Afrique a augmenté de 2 à 3% par an depuis 2000» avant de préciser : «Mais à ce rythme là, il faudrait environ un siècle pour que l’écart relatif de revenus entre les pays riches et l’Afrique subsaharienne revienne à son niveau du début des années 70».
- Saupiquet a perdu 5% de parts de marché entre 2000 et 2007. Que se passe-t-il chez Saupiquet ?
- Veolia et Suez, qui se partagent la distribution de l’eau aux Parisiens, feraient une marge bénéficiaire de 38% sur le dos des usagers . Faux ! pour le journaliste des Echos, qui s’appuie sur les rapports d’activités 2006 qui montrent une marge de 3,2% pour Suez et 4,6% pour Veolia. Mais au fait, qui rédige ces rapports d’activités ?
- Gros titre le 14 novembre : Le monde n’est pas près de manquer de pétrole. D’imbéciles non plus…
- Le nouveau patron de Siemens dévoile l’ampleur des caisses noires dans le groupe. En voilà un qui ne veut pas de traces noires sur les mains...
- Vous vous chauffez à l’électricité ? Un petit détail qui vous amusera sûrement : « En cas de vague de froid intense et durable (cet hiver), il faudra mettre en œuvre des mesures exceptionnelles pour éviter une rupture pure et simple de l’approvisionnement électrique en France»

- Pendant le Grenelle, les grands chantiers se portent bien. Eiffage voit ses revenus progresser de 16% sur neuf mois. Bougues a publié un chiffres d’affaires en progression de 11%. Globalement, la croissance des travaux publics est estimée à + 7,5% en 2007. Champagne !
- Enfin une bonne nouvelle : 79% des français trouvent la publicité envahissante. Entre 2004 et 2007, ceux qui se définissent publiphobes sont passés de 25% à 30%
- Les riches semblent utiliser à bon escient les récents cadeaux fiscaux. Les profits annuels du groupe Bénéteau (bateaux de plaisance) en hausse de 31%. Plus loin, ce titre : les bénéfices de Porsche explosent
- Un titre plein de promesses : Il y a un peu de Thatcher en Sarkozy
- Sondage : Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy il y a six mois, avez-vous le sentiment que votre situation personnelle s’est plutôt : améliorée : 3% - détériorée : 31%
- AXA compte délocaliser 5.000 emplois d’ici 2010. 3.500 à Bangalore en Inde. 1.500 au Maroc.
- Entre 2002 et 2005, le pouvoir d’achat des 10% des Français les plus pauvres a diminué de 0,3%. Dans le même temps, le pouvoir d’achat des 10% les plus riches aurait augmenté de 3,8%. C'est ce qu'on appelle réduire les inégalités.
Nous vivons une époque formidable..