Bribes d'échos

Par ... :: lundi 19 novembre 2007 à 22:19 :: politique

Le hasard veut que je dispose depuis quelques jours du quotidien économique « Les Echos ». L’occasion d’une plongée dans le monde des affaires. Au hasard des articles, on apprend finalement beaucoup de choses…

 

- Etonnant, ce titre :  Baisse de la part des prestations sociales dans le PIB. Tiens, tiens… le total «retraites + assurance maladie + chômage + minima sociaux » augmenterait moins vite que le PIB en France… C'est bon à savoir, on nous dit si souvent le contraire !

 

- Voyages d’affaires : le marché français en pleine croissance. Si les pauvres de la planète sont assignés à résidence, les hommes d’affaires passent eux de plus en plus de temps dans les avions et les aéroports... "La mondialisation dope le marché" explique un expert.

- Les distributeurs de carburant s’engagent à ne pas profiter outrageusement de la flambée du baril. A partir de quel profit commence l’outrage ?

- Le Directeur de l’école d’économie de Paris se veut rassurant : «Le revenu par tête en Afrique a augmenté de 2 à 3% par an depuis 2000» avant de préciser : «Mais à ce rythme là, il faudrait environ un siècle pour que l’écart relatif de revenus entre les pays riches et l’Afrique subsaharienne revienne à son niveau du début des années 70».

- Saupiquet a perdu 5% de parts de marché entre 2000 et 2007. Que se passe-t-il chez Saupiquet ?

- Veolia et Suez, qui se partagent la distribution de l’eau aux Parisiens, feraient une marge bénéficiaire de 38% sur le dos des usagers . Faux ! pour le journaliste des Echos, qui s’appuie sur les rapports d’activités 2006  qui montrent une marge de 3,2% pour Suez et 4,6% pour Veolia. Mais au fait, qui rédige ces rapports d’activités ?

- Gros titre le 14 novembre : Le monde n’est pas près de manquer de pétrole. D’imbéciles non plus…

- Le nouveau patron de Siemens dévoile l’ampleur des caisses noires dans le groupe. En voilà un qui ne veut pas de traces noires sur les mains...

- Vous vous chauffez à l’électricité ? Un petit détail qui vous amusera sûrement : « En cas de vague de froid intense et durable (cet hiver), il faudra mettre en œuvre des mesures exceptionnelles pour éviter une rupture pure et simple de l’approvisionnement électrique en France»

 

- Pendant le Grenelle, les grands chantiers se portent bien. Eiffage voit ses revenus progresser de 16% sur neuf mois. Bougues a publié un chiffres d’affaires en progression de 11%. Globalement, la croissance des travaux publics est estimée à + 7,5% en 2007. Champagne !

- Enfin une bonne nouvelle : 79% des français trouvent la publicité envahissante. Entre 2004 et 2007, ceux qui se définissent publiphobes sont passés de 25% à 30%

- Les riches semblent utiliser à bon escient les récents cadeaux fiscaux. Les profits annuels du groupe Bénéteau (bateaux de plaisance) en hausse de 31%. Plus loin, ce titre : les bénéfices de Porsche explosent

- Un titre plein de promesses : Il y a un peu de Thatcher en Sarkozy

- Sondage : Depuis l’élection de Nicolas Sarkozy il y a six mois, avez-vous le sentiment que votre situation personnelle s’est plutôt : améliorée : 3% - détériorée : 31%

- AXA compte délocaliser 5.000 emplois d’ici 2010. 3.500 à Bangalore en Inde. 1.500 au Maroc.

- Entre 2002 et 2005, le pouvoir d’achat des 10% des Français les plus pauvres a diminué de 0,3%. Dans le même temps, le pouvoir d’achat des 10% les plus riches aurait augmenté de 3,8%. C'est ce qu'on appelle réduire les inégalités.

Nous vivons une époque formidable..

Armen, 7 ans

Par ... :: jeudi 01 novembre 2007 à 11:48 :: politique

Sans commentaire superflu, ce court texte d’Aline Louangvannassy, professeure de philosophie à Toulouse.

« Un journaliste de France Inter voulait m’interviewer à propos de l’article publié dans Libération du 22 octobre «Môquet n’est pas mort, je l’ai rencontré» : «Il s’appelle Armen. Il a 7 ans. Le 25 septembre, le cartable sur le dos, il traversait la cour de son école de Montauban, il était encadré par deux policiers en uniforme et en armes… Armen a été placé en centre de rétention
Quand j’ai donc appelé, le 24 octobre, pour avoir des nouvelles, un monsieur, très gentil, m’a poliment fait comprendre que ce n’était plus d’actualité. Le 25 octobre à 4 heures du matin, Armen Vera, 7 ans, arrêté dans son école par la police française, a été expulsé vers l’Albanie – ses parents viennent pourtant du Monténégro et sont d’origine serbe. La police française a dû payer la police albanaise des frontières pour qu’ils laissent entrer le père d’Armen, qui est maintenant sans papiers en Albanie ! Devant la catastrophe, il n’y a plus de mots pour la décrire. Günther Anders a raison de dire que nous sommes «les premiers des derniers hommes». Nous avons perdu l’essentiel, le sens de l’humanité. Le droit a même intégré la possibilité de l’inhumain : la solidarité peut être désormais un délit sanctionné par la loi. Armen parti, il ne nous reste plus que le poids écrasant de notre responsabilité. Nous étions responsables de lui, et nous n’avons rien fait. »


Manifestation des copains et parents de copains d'Armen

Une pente dangereuse

Par ... :: mercredi 24 octobre 2007 à 18:12 :: politique

On ne peut l’ignorer : le président de la république a fixé un objectif en matière d’expulsion de sans-papiers : 25.000 en 2007. Pourquoi 25.000 ? Personne ne le sait. On croit savoir que l’on est loin de l’objectif, au point que des préfets qui n’avaient pas d'assez "bons" chiffres ont subi une convocation humiliante au ministère de Brice Hortefeux.

Quoi qu’il en soit, la vie devient épouvantable pour ceux qui vivent en France – parfois depuis leur enfance – et n’ont pas les précieux papiers. Le harcèlement gagne des niveaux jamais atteints dans le passé. Des rafles sont organisées dans des quartiers où la police soupçonne une forte présence de sans-papiers. La chasse au faciès bat son plein. A titre d’exemple, reportez-vous à ce court reportage vidéo à Belleville. Edifiant.

Les policiers se présentent au domicile des sans-papiers, avec les dramatiques conséquences que l’on connaît. Des convocations en préfecture, pour «réexamen » de leur situation sont en fait des pièges pour arrêter des sans-papiers et les mener en centres de rétention. Parlons donc de ces centres, qui voient passer ces familles choquées par leur arrestation. Jour après jour, les nouvelles marquent une nouvelle descente dans le domaine de l'ignoble. Un nourrisson de trois semaines, arrêté avec ses parents moldaves sans papiers, est détenu au centre de rétention de Rennes. Une femme enceinte est enfermée au centre de rétention de Toulouse avec son bébé de 15 mois ; elle fait une fausse couche et perd ses jumeaux.

Depuis le début de cette politique de quotas d'expulsion, des policiers et gendarmes ont réagi. Ils n'ont pas tous choisi ce métier pour traquer et embarquer des enfants au petit matin. Peut-être faut-il en voir une démonstration en filigrane d'une note récente de Guy Parayre, directeur de la gendarmerie. Il propose ni plus ni moins de créer dans chaque département une cellule spécialisée de lutte contre les étrangers sans-papiers, avec des effectifs « ayant une motivation dans ce domaine ».  Des cellules constituées de gendarmes motivés par l’arrestation de familles étrangères au petit matin ? Motivés pour conduire des enfants et leurs parents derrière les barreaux des centres de rétention ? L’évolution de ce dossier me fait inévitablement penser  au sermon prononcé par le pasteur Martin Niemöller après sa sortie de camp de conventration.

"Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait personne pour protester.»

Quand ces gendarmes motivés n’auront pas d’étrangers à arrêter, quand ils n'auront pas à arrêter des citoyens ayant défendu ces mêmes étrangers (comme Florimond Guimard), à qui vont-ils s'en prendre ? Où s’arrêtera leur « motivation » ? Il est urgent de résister.

Bonne nouvelle : Attali oeuvre pour la décroissance !

Par ... :: jeudi 18 octobre 2007 à 22:20 :: politique

Les premières bribes du rapport de la commission Attali sur la croissance apparaissent déjà comme un plaidoyer pour la décroissance.

Quelles idées lumineuses nous proposent Attali et ses collègues ?

Un exemple : faciliter encore l’implantation de grandes surfaces aux abords des villes. Il s’agit hélas du mode de commerce le plus débile du point de vue environnemental. Cela consiste en effet à forcer chaque habitant à déplacer son véhicule – plus d'une tonne d’acier à mouvoir – vers un lieu distant pour le remplir de quelques kilogrammes de marchandises et revenir chez lui. Les marchandises en question  - produits d’une industrie agroalimentaire délirante - ayant fait des milliers de kilomètres en camion ou en avion avant d’arriver en grande surface. Bref, le pire du pire, alors qu’il faudrait favoriser les circuits courts, les commerces proches des habitations, voire la livraison à domicile.

La commission se devant de sauver les apparences écologiques, elle suggère aussi de créer dix villes de 50.000 habitants qui seraient des « éco-villes ». Comme l’ont fait remarquer pernicieusement les Verts, ne pourrait-on pas déjà rendre écologiques les villes existantes ? L’idée fait un peu « réserve d’indiens » - le rapport parle même de « laboratoires écologiques ». On ne sait pas d’ailleurs si les 500.000 cobayes parqués dans ces dix villes travailleront sur place ni ce qu’ils y feront ?

Enfin, la commission conclue que le principe de précaution est un frein majeur pour la croissance. Expérimentons sans limite, faisons avancer les technologies même si les conséquences pour l’homme ou son environnement restent inconnues. Continuons à gaver les habitants de toxiques en tout genre… Les firmes chimiques disent merci, les mangeurs de poissons du Rhône ou de bananes des Antilles peuvent mourir, la croissance est sauvée.

 

 

Pour les membres de la commission Attali, la croissance est un chiffre, le Produit Intérieur Brut, qui doit monter. Que cela détruise la planète ou rende malades les hommes qui la peuplent, peu leur chaut. Au contraire, augmenter le nombre de malades et la gravité de leurs maladies pourrait même doper cette croissance !

Adressons nos sincères remerciements à ces « grands experts », qui nous démontrent - malgré eux -combien la recherche de la croissance conduit à l’absurde, et par là-même nous confirment dans l’idée que tout ce qui nuit à l’homme et à sa planète doit décroître au plus vite.

Amendement ADN, que caches-tu ?

Par ... :: lundi 15 octobre 2007 à 16:36 :: politique

L’amendement relatif aux tests ADN à l’attention des demandeurs de regroupement familial fait beaucoup parler de lui et choque de nombreux citoyens. Sans doute parce qu’il touche à l’essentiel : les enfants, la famille, la filiation, la bioéthique… On ne peut que se féliciter de cette réaction massive, mais certains en restent à ces seuls arguments, ne se prononçant pas sur les autres dispositions de la proposition de Loi (Cf. mon billet du 18 septembre). Cela en dit long sur l’acceptation générale d’idées qui étaient jusqu’à peu réservées à l’extrême-droite. La lepénisation des esprits a rempli toutes ses promesses. L’immigré est considéré comme un fraudeur en puissance. Les étrangers coûtent chers à la société. Les mariages mixtes sont des façons de contourner la loi.  Ces assertions "dégueulasses" peuvent désormais s’exprimer dans l’arène politique, de manière… décomplexée. Le fait que le gouvernement n’ait rien fait pour contrer l’initiative d’un député connu pour son extrémisme est particulièrement inquiètant. Faut-il y voir un signal clair envoyé à la droite extrême. Et comment comprendre autrement les mots de Brice Hortefeux : « aucun sujet ne doit être tabou » ?

 

 

Ce glissement idéologique va de pair avec l’intégration progressive dans le parti majoritaire de pans entiers de l’extrême droite. Le MPF de Philippe de Villiers avait commencé par intégrer de très nombreux responsables du front national ou du MNR : Bompard, Simonpieri, Freulet, Barillier…  plus près de chez nous Mme Bignon, maire de Chauffailles, adhérente du FN depuis 1987 et qui a quitté Le Pen en 2006 trouvant qu’il ne dénonçait pas avec assez de vigueur « l’islamisation » de la France. Et au début de ce mois d’octobre, on nous annonce que ce même MPF vient de rejoindre l’UMP, accord électoral à la clef.

L’ancienne « barrière sanitaire » qui séparait la droite de l’extrême droite, est donc un vieux souvenir et tandis que quelques élus UMP s’opposent courageusement aux amendements Mariani, d’autres peuvent se laisser aller à leurs provocations racistes.

Pour preuve ces échanges au sein du conseil municipal de Marignane :

René Ainardi, conseiller municipal (à l'adresse du président algérien) : "Reprenez chez vous les millions d'Algériens qui vivent sur notre sol, qui ont pratiquement tous la double nationalité. Cela viderait les prisons, nous gagnerons en sécurité et tous les organismes sociaux seraient enfin bénéficiaires. (…) Des Blacks, des Beurs font régner la terreur dans les trains, l'horreur dans les villes, les villages ». Son intervention a été saluée par des applaudissements, et le maire, Daniel Simionpieri, a félicité Ainardi pour son courage.
En tant que citoyens français, attachés à la démocratie et à la République, nous aimerions que l'on nous dise si ces gens là ont désormais pleinement leur place au sein du premier parti de France ?

Projet de loi sur l'immigration : les enjeux

Par ... :: mardi 18 septembre 2007 à 23:02 :: politique

Ixième loi Sarkozy sur l’immigration. La dernière datait de juillet 2006. Régulièrement depuis 2004, l’Assemblée Nationale est appelée à durcir les lois sur l’immigration. Et alimenter ainsi un fanal permanent apte à entretenir l’attrait d’électeurs d’extrême droite qui – ne l’oublions pas - font désormais partie, pour la plupart d’entre eux, de la majorité électorale du pays.

La proposition de loi s’inspire du slogan de campagne « Contre l’immigration subie, pour l’immigration choisie ». Mais de quoi parle-t-on vraiment ?

 

Par « immigration choisie », il faut comprendre : immigration qui découle de l’application du droit international. Les conventions internationales signées par la France ont consacré comme droit fondamental de la personne humaine le fait de pouvoir vivre en famille.

Le conseil constitutionnel n’a-t-il pas statué que « les étrangers dont la résidence en France est stable et régulière ont, comme les nationaux, le droit de mener une vie familiale normale ».

 Le gouvernement ne peut donc pas restreindre cette immigration « subie » sans mettre la France au banc des pays démocratiques, ou tout au moins sans que la loi ne soit censurée par le conseil constitutionnel car contraire à la constitution française qui s’appuie sur la déclaration universelle des droits de l’Homme.

L’actuel projet de loi vise donc à aller le plus loin possible dans l’empilement d’obstacles administratifs de toutes sortes au détriment des familles et des couples qui voudraient vivre ensemble en France.

La procédure de regroupement familiale dure déjà plusieurs années, au moins trois. Le projet de loi vise à en rajouter une couche. C’est d’abord l’obligation de passer un test de français et le cas échéant de suivre une formation en français dans le pays d’origine. Obstacle administratif car on doute que la France aura les moyens techniques d’organiser chaque mois ces tests et ces formations dans toutes les grandes villes des 225 pays étrangers… Obstacle financier ensuite, car test et formation entraîneront de nouveaux frais de dossiers et l’on connaît déjà les multiples taxes qui touchent les immigrés au plus grand profit de l’Etat français : timbres fiscaux pour les cartes de séjour et pour les attestations d’accueil, frais de dossier non remboursables quelle que soit la suite réservée à la demande de visa, etc.

Le fameux amendement Mariani sur l’ADN – outre son caractère raciste – conduira au même résultat. Ceux qui ne s’y soumettront perdront toute chance d’obtenir un visa. Le coût de ces tests sera à la charge du demandeur : au minimum 600 euros pour un enfant, 900 euros pour deux enfants… En relevant dans le même temps les conditions de revenu pour le demandeur de regroupement resté en France, le gouvernement s’assure de ne plus accueillir que des immigrés aisés.

 

 

On l’aura compris, le gouvernement et la majorité ne veulent plus de cette immigration « subie », qui a pourtant tellement contribué à construire la France telle que nous la connaissons. Ils ne connaissaient pas leur chance, ces enfants qui ont pu rejoindre leurs parents en France sans être suspectés, sans devoir se soumettre à des tests génétiques réservés normalement aux pires criminels…

 

Par opposition, l’immigré « choisi » est donc un travailleur dont les études ont été financées par son pays d’origine. S’il perçoit un salaire modeste et vit dans un petit appartement, ou s’il est originaire d’une région rurale, il ne pourra jamais faire venir sa famille : il y a donc toutes les chances pour qu’il quitte la France dès qu’il ne sera plus apte à travailler. Bref, un immigré idéal, qui ne s’installe pas. Un immigré jetable.

 

Pour finir, le projet de loi et l’argumentaire qui l’accompagnent nous rappellent jusqu’au ridicule combien l’étranger est fondamentalement différent du Français.

- Le Français se marie par amour et crée une famille parce qu’il croit au bonheur de vivre ensemble. L’étranger se marie pour contourner les lois sur la nationalité et fait des enfants pour bénéficier des allocations.

- Les enfants des Français reçoivent une éducation qui est un investissement pour l’avenir. Les enfants des étrangers sont un fardeau pour la société.

- Pour les Français, la meilleure méthode d’apprentissage d’une langue étrangère est l’immersion dans un pays qui la pratique. Pour les jeunes étrangers, la meilleure méthode est un stage de deux mois dans leur pays d’origine.

- Le parent d’un enfant français n’est pas forcément son géniteur, il peut l’avoir adopté ou seulement reconnu. Le parent d’un enfant étranger doit être son géniteur et doit le prouver en donnant son ADN et celui de son enfant à analyser

- Un Français qui s’expatrie est entreprenant. Un étranger qui vient en France est un profiteur et un parasite…

 

On pourrait continuer cet inventaire. Il suffit de consulter la littérature instillée par certains élus à la mode, complaisamment relayés par des médias serviles. Quelle tristesse de constater à quel point les idées de l’extrême droite s’expriment désormais au plein jour et sans retenue aucune…

 

De la lecture de la lettre de Guy Môquet

Par ... :: mercredi 12 septembre 2007 à 17:16 :: politique

Régulièrement, le pouvoir exige de « ses » enseignants la lecture d’un texte devant les élèves. Ce sera une nouvelle fois le cas le 22 octobre prochain : tous les enseignants de France auront reçu l’ordre du gouvernement de lire la lettre écrite par Guy Môquet à ses parents la veille de son exécution.

 

Ces lectures obligatoires, auxquelles ont eu souvent recours des gouvernements d’orientations politiques différentes, est des plus ambiguë. Selon les pouvoirs en place, la nature des déclarations à lire aux élèves peut varier ; des arrière-pensées politiques peuvent exister. Ainsi de nombreux enseignants, en particulier ceux d’histoire qui sont les plus souvent visés, ont fait le serment – tout au long de leur carrière – de ne jamais obéir à ce type d’ordre. Quand bien même ils adhéreraient totalement au texte qu’on voudrait leur faire lire, il s'agit d'une décision de principe, garante de l’autonomie pédagogique du métier d’enseignant.

Le fort utile « Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire » s’oppose ainsi à la lecture « officielle » du 22 octobre.

 

Guy Môquet

 

Sur cette initiative précise, le mieux est de se rapporter au texte de la lettre qui sera lue.

Personnellement, le fait d'offrir un tel statut à une correspondance voulue par son auteur comme privée et intime me gêne un peu.

En outre se pose la question de la lecture de cette lettre en dehors de l’étude du contexte historique. Je ne doute pas que les enseignants feront de leur mieux pour apporter des compléments d’information, mais tous les enfants qui prendront connaissance d’une lettre aussi émouvante comprendront-ils cette époque historique dans toute sa complexité ? 

Si la démarche poursuivie visait à renforcer la connaissance qu’ont les élèves de cette période de l’histoire de France, pourquoi ne pas faire confiance aux enseignants pour traiter cette période dans le cadre des programmes scolaires, et pour choisir les textes qu’ils jugent les plus pertinents ?

La lettre de Guy Môquet ne prend tout son sens que si l’on explique aussi les motivations qui ont poussé ce jeune homme à résister, son engagement communiste, sa détestation des grands magnats de l’industrie, l’arrestation de son père par le gouvernement français quelques années plus tôt…  Tous les jeunes lecteurs de sa dernière lettre sauront-ils que Guy Môquet a été arrêté par des policiers français parce que communiste, qu’il a été sélectionné par un français (Pierre Pucheu) pour être fusillé parce que communiste ? Leur expliquera-t-on l’ambiguïté de l’engagement communiste à cette époque précise ? Enseigner l’histoire, c’est un métier,  et c’est toujours expliquer la complexité des choses sans asséner des vérités.

 

Et s’il ne s’agissait pas seulement d’éducation civique et historique ?  S'il s'agissait un peu aussi de montrer un corps enseignant uni derrière le président ? Reportages télévisés à l’appui.  

S’il s’agissait  un peu aussi de construire dans l’inconscient collectif une histoire qui se résumerait à une collection de grands hommes qui ont fait la France ? Notre actuel président se situant par exemple dans cette continuité ?

Le danger d’une histoire officielle est toujours présent. Les enseignants se doivent d’en protéger nos enfants.

Le discours de Dakar

Par ... :: mardi 04 septembre 2007 à 22:25 :: politique

Le discours prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet dernier à l’université de Dakar devait être le discours fondateur de la rupture en matière de relations entre la France et les pays d’Afrique. Il a provoqué de très nombreuses réactions, souvent indignées, parfois ironiques ou humoristiques. Je me suis donc efforcé de lire ce texte - 18 pages en ligne sur le site de l’Elysée - pour savoir ce que Sarkozy avait bien pu dire ce jour là.

 

 

Pour celles et ceux, qui ne voudraient lire l’intégrale, je résume en quelques mots, sans respecter le style – par ailleurs assez inimitable.

RESUME : Je suis venu en ami vous donner plein de conseils qui vont faire progresser l’Afrique. Tout d’abord, je reviens sur quelques contentieux historiques. L’esclavage a été un crime contre l’humanité. Quant à la colonisation, c’était une erreur, mais les colons étaient souvent des braves gens qui ont beaucoup fait pour les pays qu’ils occupaient. Pour ces deux sujets – l’esclavage et la colonisation – il est hors de question que la France se repente officiellement. D’ailleurs, les malheurs actuels de l’Afrique sont principalement dus aux Africains eux-mêmes : corruption, dictateurs, guerres… Quant au sous-développement, il vient de la mentalité même des Africains : peu matures et très proches de la nature, ils restent dominés par leurs croyances ancestrales. Ils sont repliés sur eux-mêmes et ont peur de l’avenir.

 

Allez lire par vous-même, et dîtes-moi si je trahis ou non le fond du discours. Bien sûr, la forme essaie d’atténuer le propos, mais finalement, elle ne fait souvent que l’accentuer…

 

Verriez-vous un chef d’Etat africain venir en France gloser sur l’Homme Européen, en dressant la liste des défauts qui l’empêchent de progresser ? Sur quel autre continent Sarkozy oserait-il dire « Vous n’avez pas à avoir honte des valeurs de la civilisation africaine » ? Habitué en France à des déclarations simplistes et à l’emporte-pièce qui ont fait le succès de sa campagne électorale, ne s’est-il pas rendu compte qu’adopter le même style devant un auditoire d’intellectuels africains s’avérerait particulièrement vexant ?

  

Le refus de la repentance, leitmotiv du candidat Sarkozy, est toujours aussi troublant. On sait que cette position en France est avant tout stratégique, destinée à unifier toutes les droites, ce qu’il a peu ou prou réussi à faire. Mais comment la justifier en Afrique ? Avec cet argument : " Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères ". Voilà comment la responsabilité d’un Etat est évacuée en s’appuyant sur des principes individuels. Mais ce n’est pas à des personnes physiques que la repentance est réclamée, mais au président d’un pays qui a promu l’esclavage, un pays qui s’est enrichi et a bâti son développement sur cette pratique comme ensuite sur la colonisation, qui a envoyé ses armées combattre les armées locales et envahir des pays... Dans le même temps on demande à la Turquie de reconnaître sa responsabilité dans le génocide arménien. Pourvu que les responsables Turcs ne répondent pas eux aussi : « Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères »…

 

Quant au discours sur la colonisation, ce qui est applaudi à Toulon ou à Perpignan (on se rappelle de l'amendement de l'UMP sur les bienfaits de la colonisation) peut tomber à plat en Afrique. Les colons ? «Ils ont eu tort.» Mais « le colonisateur a construit des ponts, des routes, des hôpitaux… ». Comment peut-on dire cela ? Qui construisait lesdits ponts et routes ? Qui mourait des effets du travail forcé, sans pouvoir bénéficier des chambres des hôpitaux ? A quoi, à qui servaient les routes ?

 

 

les travaux forcés imposés aux colonisés

 

Pour Nicolas Sarkozy, tout cela est du passé puisque ce sont désormais les Africains qui sont responsables des malheurs du continent et ce sont donc eux – et eux seuls – qui peuvent s’en sortir. Pas un mot donc sur la responsabilité historique du colonisateur dans les découpages des frontières, dans les stratégies visant à opposer les ethnies entre elles pour mieux régner (cf. Gallieni à Madagascar), dans le soutien massif apporté aux dictateurs. Non, la France ne se repentira pas, puisqu’on vous le dit et qu’on vous le répète.

 

 

Nicolas Sarkozy et Omar Bongo - 27 juillet 2007

 

Autre idée extravagante, qui vient bien à propos pour justifier certaines visions racistes de l’immigration : l’Africain est replié sur lui-même, a peur des autres… Je n’invente pas, et là encore les mots font mal : « la renaissance de l’Afrique commencera en apprenant à la jeunesse africaine à vivre avec le monde, non à le refuser ». Et en lui donnant des visas ?

 

Tout cela dans un grand mélange de préjugés. Certains ont été relevés parmi tous, comme « l’homme africain vit en symbiose avec la nature depuis des millénaires ». Et que dire de : « dans l’imaginaire africain où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure, ni pour l’idée de progrès ». « Le problème de l’Afrique, c’est qu’elle vit trop le présent dans la nostalgie du paradis perdu de l’enfance ». Là encore verrait-on un chef d’Etat africain venir présenter à Paris ses conclusions pseudo psychanalytiques sur les blocages mentaux du Français moyen ? Une dernière citation pour la route : « La réalité de l’Afrique, c’est celle d’un grand continent qui a tout pour réussir et qui ne réussit pas parce qu’il n’arrive pas à se libérer de ses mythes »…

 

Et cela finit en apothéose avec : « le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire ». Bigre, rien que cela. A vrai dire, je n’ai pas bien compris ce que cela voulait dire : quelle histoire ? Comment fait-on pour entrer dans l’histoire ? En vainqueur, en victime ? Je pense que ce sont les filles d’Ahmadou Kourouma qui ont le mieux commenté ce passage. « Monsieur le Président, (…) nous voulons vous révéler que parce que nous sommes « assez » humains, nous sommes « assez » entrés dans l’histoire » ; et d’énumérer une longue liste d’évènements historiques antérieurs à la colonisation.

 

«Cette Renaissance de l’Afrique, je suis venu vous la proposer ». En se présentant comme promoteur de cette « renaissance », Sarkozy a fait un flop. Il faut dire que les Africains en ont « soupé » des grands projets des autres à leur attention. Et les sœurs Kourouma de préciser : « Si la France assoupie en cette période estivale vous laisse croire que vous êtes son sauveur, nous, peuple d’Afrique, voulons vous dire que nous n’avons pas besoin de vous pour être rassurés sur notre statut d’homme, pour être assurés de réaliser notre histoire. Nous voulons vous dire que notre histoire s’est faite, entre autres, avec nos pères que notre devenir se fera en dépit de vos amis, ces messieurs Bouygues, Bolloré, Elf, Total, Lafarge, etc. qui aujourd’hui encore se partagent nos terres, abusent de nos ressources, et se payent certains de nos dirigeants ».

 

Et si les Africains ne demandaient finalement à la France que de l’humilité, du respect, une relation d’égal à égal et la fin de son soutien aux dictateurs corrompus ?

Ivan faisait partie des 25.000 !

Par ... :: samedi 11 août 2007 à 21:49 :: politique

La famille d'Ivan ne le savait pas, jusqu'au drame. Ils étaient sur la liste des 25.000 expulsions d'étrangers programmées pour 2007. Les politiques et les médias (il va falloir s'habituer à ce rapprochement) veulent nous faire croire que les sans-papiers sont tous des familles entassées dans les immeubles sordides des marchands de sommeil. En réalité, les personnes qui font l'objet de procédures d'expulsion sont souvent  bien intégrées. Les élus locaux qui parfois soutiennent la politique du gouvernement seraient surpris de découvrir que les sans-papiers font partie des gens qu'ils rencontrent au quotidien. Ils sont souvent engagés dans les associations ; ils sont en France depuis de longues années. Leurs enfants sont parfois les premiers de classe... Mais voilà, on a fixé et ressassé un objectif : 25.000 ! Et lorsque les fonctionnaires ont du mal à atteindre le chiffre fatidique, ils sont enclins à verser dans la facilité. Les réfugiés Tchétchénes constituent une proie facile pour remplir les charters. Est-ce dû à l'amitié qui prévaut entre les gouvernements français et russes ? Beaucoup de Tchétchènes se sont vu refuser le droit d'asile. Et puis, mieux vaut expulser une famille entière qu'un homme isolé : cela fait 5 ou 6 au compteur au lieu d'1. Et surtout le faire en août pour que les enseignants et les parents d'élèves ne puissent pas faire barrage à leur arrestation. Les familles les mieux intégrées sont aussi en général celles qui ont fait des démarches, réunissant toutes les conditions pour être régularisées... Grâce aux dossiers qu'elle leur a fait remplir, l'administration connaît tout d'eux... La police sait où les arrêter au petit matin.  La famille d'Ivan croyait avoir laissé derrière elle le harcèlement policier et militaire.  Elle croyait trouver refuge en France. Devant un tel gâchis, nous sommes nombreux à être en colère.

 

Ivan

Dessaler l'eau de mer...

Par ... :: lundi 30 juillet 2007 à 10:32 :: politique

 

La France va fournir à la Lybie une centrale nucléaire pour... dessaler l'eau de mer !

 

 

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