FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
Petit exercice. Imaginons qu’un Africain ou un Malgache (par exemple) veuille venir passer un mois de vacances en France, chez un ami français. J’ai tenté de dresser la liste des formalités qui l’attendent. Excusez-moi si j’ai oublié quelques étapes. Question subsidiaire : combien d’heures de travail de fonctionnaires, de tonnes de papier, de m² d’archives ? de suspicion à tous les étages ?
1 – Obtenir un acte de naissance auprès de la mairie de son lieu de naissance. Si ce dernier est éloigné, cela peut prendre quelques jours de voyage à travers le pays, mais ne traînons pas car les formalités suivantes exigent toutes un acte de naissance récent
2 – faire établir par les autorités du pays d’origine une carte d’identité à partir de l’acte de naissance
3 - faire établir un passeport à partir de l’acte de naissance, de la carte d’identité, de divers justificatifs : délai et coût variable...
4 – réserver un billet d’avion auprès d’une compagnie qui accepte d’annuler la réservation en cas de refus de visa ; souvent la compagnie exige le paiement alors que la réponse pour le visa n’est pas parvenue
5 – demander à l’ami en France une attestation d’accueil auprès de sa mairie ; ce dernier devra pour cela fournir une pièce d’identité, l’acte de propriété ou le bail de son habitation, des factures d’eau ou de téléphone, ses trois dernières fiches de paie, un timbre fiscal de 30 euros. De plus, un agent de la mairie pourra venir visiter son domicile et il doit venir se présenter physiquement en mairie,
6 – demander à l’ami français d’envoyer le plus vite possible l’attestation d’accueil remplie et signée par le maire, ainsi qu’une lettre d’invitation et une attestation de prise en charge : selon la qualité du courrier, le recours éventuel à un transporteur pourra être nécessaire (50 euros)
7 – souscrire un contrat d’assurance couvrant les frais médicaux et de rapatriement (60 à 100 euros environ)
8 – placer sur un compte au moins 700 euros par mois de présence en France et demander à sa banque un justificatif (je passe sur les pièces demandées pour l’ouverture du compte)
9 – retirer un formulaire de demande de visa touristique au consulat de France ; file interminable, personnel parfois agressif et hautain
10 – remplir le formulaire qui comprend 42 questions, portant entre autres sur les parents du demandeur, les autres demandes de visas les trois dernières années, les séjours antérieurs, le but du voyage, son financement…
11 - demander un rendez-vous au consulat pour apporter le dossier rempli et les nombreuses pièces jointes ; interrogatoire en français par l’agent consulaire et demande éventuelle de pièces complémentaires ; paiement des frais de dossier pour l’examen de la demande (60 euros, perdus même si le visa est refusé)
12 - retrait du visa au cas où il est accordé, en présentant les originaux des pièces du dossier ; le refus de visa est souvent annoncé devant les autres demandeurs, sans justification
13 - confirmer le vol auprès de la compagnie, s’il est encore temps, et payer le billet
14 - aller à l’aéroport en gardant toujours sur soi : le billet d’avion bien sûr, le passeport, les chèques de voyage (vérifiés à l’arrivée), l’attestation d’accueil, le carnet de vaccination…
15 – dans certains cas, contrôle des papiers par la gendarmerie française au pied de l’avion (accords entre pays)
16 – contrôle spécifique pour les étrangers à la sortie de la passerelle de l’avion, vérification des papiers, interrogatoire en français
17 – passage et contrôle au guichet de la police de l’air et des frontières
18 – passage de la douane, fouille

Le très utile livre "Bienvenue en France" évoque de nombreux étrangers parfaitement en règle qui finissent en centre de rétention car tel ou tel fonctionnaire français a eu un doute. Ses droits sont souvent rétablis après des heures et des jours de rétention et de démarches, mais ses bagages ont en général disparu.
Cette liste ne présente que les formalités pour passer quelques jours en France. Pour un étranger qui voudrait rester plus de trois mois en France, c’est une histoire bien plus longue… Vous pouvez vous reporter à l’histoire de Sara et Alain. Sara a mis 22 mois pour obtenir un titre de séjour, après visites médicales, x convocations, paiement de centaines d’euros de frais, taxes, timbres fiscaux… C'était avant les réformes qui ont alourdi les procédures.

Une dernière remarque : le français qui va à Madagascar peut retirer son visa à l'arrivée, dans l'aéroport. Il lui en coût une vingtaine d'euros.
Je ne sais qui a fait remarquer que l’une des décisions les plus exceptionnelles qui pourrait sortir du Grenelle de l’Environnement serait la suivante : respecter et faire respecter les lois existantes en matière d’environnement !

Dans n’importe quel coin de France, une courte promenade suffit pour se heurter à quantité d’infractions environnementales jamais poursuivies. Quittons n’importe quelle ville, même de petite taille. Dès la sortie, des rangées de panneaux et panonceaux publicitaires vous font une haie d’honneur. Une très grande majorité de ces panneaux est totalement illégale… La route qui vous conduit a été rénovée après 1998 ? Elle doit obligatoirement être dotée d’une voie cyclable (article 20 de la loi n° 96-1236 du 30 décembre 1996) Ah bon ? Empruntons maintenant un chemin rural sympathique. Aussitôt, des motos vous croisent et un quad vous double. Tout aussi interdit par la loi…
Cette manie bien française de ne pas faire appliquer la Loi en matière d’environnement se retrouve à tous les niveaux. Elle pourrait même coûter cher à
Nous avons presque tous, je crois, des instituteurs ou des professeurs qui nous ont marqués, ont élargi nos horizons d’enfance ou d’adolescence, ont constitué une référence pour la vie. En général, ils se comptent sur les doigts d’une seule main, mais ils ont trouvé le mots justes ou les attitudes au moment où il le fallait, parfois sans même s’en rendre compte. Magie de l’enseignement que ces quelques instants qui fondent un futur. Les enfants de familles modestes sont les plus reconnaissants envers les enseignants qui ont cru en eux et qui n’ont pas vu en premier leur origine sociale. Lorsque Albert Camus reçoit le prix Nobel pour son œuvre, sa première pensée va à Louis Germain, l’instituteur d’Alger qui lui a permis d’obtenir une bourse et d’entrer au lycée. Louis Germain écrira à Camus : « Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu’il y a de plus sacré dans l’enfant : le droit de chercher sa vérité. Je vous ai tous aimés et je crois avoir fait tout mon possible pour ne pas manifester mes idées et peser sur votre intelligence ».

Alors que le corps enseignant essuie régulièrement la critique de démagogues imbéciles, je ne pense pas que cette chaîne du transfert des savoirs - savoir faire, savoir vivre, savoir être… - ne se soit jamais brisée. Ainsi, en 1996, Maria Ribeiro écrit à Mademoiselle Roitel, son institutrice de Crépy en Valois durant l’année 1970. "Moi, j’étais la petite portugaise, l’immigrée parlant mal le français ; étrangère au cœur à vif, à la rage au ventre. J’étais celle que les enfants rejetaient dans la cour de récréation, celle dont l’accent faisait rire. La sauvageonne qui se battait corps et âme et ne pleurait « surtout pas » devant les autres. Pourtant, lentement, jour après jour, vous m’avez apprivoisée. Des petits riens ont tout changé. (…) Et surtout votre regard, ce regard positif que vous avez su porter sur moi. Un regard qui m’a insufflé la confiance qui me manquait. Un regard qui savait si bien dire : Vas-y, tu peux ! Vas-y, tu vas y arriver ! Grâce à vous, tout devenait possible et ma révolte a trouvé son chemin : les livres et le savoir. A la fin du CM2, je savais déjà quel serait mon métier : institutrice. J’ai grandi, mon choix n’a pas varié. Depuis presque vingt ans, j’enseigne à mon tour…" . Gageons que si chaque enfant connaissait la grâce d’une telle rencontre, la planète tournerait plus rond…