FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
Quand on s’approvisionne dans les hypermarchés et les grandes surfaces, on ne sait pas bien ce que l’on mange. A moins de privilégier le bio, on se doute bien que les aliments proposés sont bourrés d’engrais chimiques et d’insecticides, mais toutes ces joyeuses substances sont sensées être parfaitement inoffensives… Si au lieu d’avoir un label bio, on exigeait une mention en gros caractère du type « produit pollué », l’agroalimentaire prendrait certainement un peu plus en compte la santé humaine, mais en attendant…

Ce mois de mai nous a offert une nouveauté. Le canard
enchaîné lève un coin du voile : pour une fois, nous allons savoir ce que
nous mangeons ! Et ce n’est pas triste…
En effet, un grand groupe, spécialiste des oléagineux et
propriété de Lesieur, s’est fait avoir. La cargaison d’huile de tournesol
importée d’Ukraine était coupée avec l’huile moteur, ce dont elle s’est aperçu
très tardivement, après avoir vendu son huile frelatée à plus d’une trentaine
d’entreprises agroalimentaires. Le mal était fait, l’huile moteur était dans
les rayons de nos chères (de plus en plus, d’ailleurs) grandes surfaces. Et que
croyez-vous que fit
Miracle de la surveillance sanitaire : les plats préparés, les sauces, les conserves pollués restent en rayon. 200 références chez Carrefour, 40 références chez Auchan. Le consommateur français va devoir ingurgiter 5,6 tonnes de lubrifiant. Bon appétit !

Un mot sur la loi en train d’être votée sur les OGM. Pour reprendre les mots d’un député UMP, cette loi va permettre « une mise en culture rapide et massive des OGM en France ». Il ne nous avait pas semblé que le Grenelle de l’environnement, et les propos sarkoziens de l’époque, allaient dans ce sens.



Privatiser, puis détruire.
Pas si évident que cela, si l’on en croit le récent rapport remis par

Dans le même ordre d’idée, ces grands juges s’inquiètent que
Tristes sires qui - payés par nous autres citoyens pour préserver l’intérêt général et veiller à l’égalité et la fraternité entre tous - en arrivent à préconiser de fermer à tour de bras les bureaux de poste pour améliorer la rentabilité d’une banque. Pauvres types qui – payés par le peuple – se plaisent à tant le mépriser.
post-scriptum : le réalisateur ardéchois Christian Tran a consacré un film à cette disparition programmée des bureaux de poste dans le massif central : "Poste restante"
"Albon ... ! 165 habitants au cœur du Parc Naturel Régional des Monts d’Ardèche... une mairie... une école publique... une poste...oui, mais une poste ‘’restante’’, une poste qui n’a plus lieu d’être, une poste qui coûte cher, une poste ‘’cible’’ de l’aménagement du territoire et de la restructuration du service public"
« Dites bien que l'Etat n'a pas été correct avec moi ! »
Telles sont les paroles confiées à un journaliste du Monde en 2005 par Louis de Cazenave, l’avant-dernier « poilu » encore en vie, qui vient de s’éteindre à Brioude à l’âge de 110 ans.
« Dites bien que l'Etat n'a pas été correct avec moi ! »
Telles sont les paroles laissées aux générations futures par ce très vieil homme qui avait connu – comme des centaines de milliers d’autres jeunes hommes – l’horreur absolue des champs de bataille.
Louis de Cazenave avait refusé – au cas où il serait le dernier poilu à mourir – toute idée d’obsèques nationales. Il ne s’était jamais rendu aux cérémonies du 11 novembre à Paris. Le grand âge ne lui avait pas fait oublier le sort funeste et révoltant réservé à sa génération. Il déclarait : « Je ne vois pas pourquoi j’aurais une médaille, alors que les camarades là-bas n’ont même pas eu droit à une croix de bois ».
Il avait compris, bien mieux que tant de « grands hommes » dont nos avenues portent le nom, ce que le mot « fraternité » voulait dire : « Il faut avoir entendu les blessés entre les lignes. Ils appelaient leur mère, suppliaient qu'on les achève. C'était une chose horrible. Les Allemands on les retrouvait quand on allait chercher de l'eau au puits. On discutait. Ils étaient comme nous, ils en avaient assez. ». Que Louis, plus que tout autre, repose en PAIX.

Monument aux morts de Gentioux, dans la Creuse : "Maudite soit la guerre"


L’évocation des tirailleurs sénégalais ou malgaches fait d’abord penser à la première guerre mondiale, et ces jeunes enrôlés dans les colonies pour venir pourrir sur les champs de batailles de l’est de la France. On oublie parfois que la seconde guerre mondiale allait voir les enfants de ces malheureux reprendre le chemin de la France et de nouveau verser leur sang pour défendre les frontières françaises.
De la sorte, les Français allaient placer des Noirs en première ligne contre l’armée des nazis.

affiche de propagande nazie 1940 : la "Faute de la France", mettre des Noirs à la tête de son armée...
Que se passe-t-il un peu partout en France ? Lorsque les soldats noirs sont faits prisonniers avec leurs collègues blancs ? Les allemands les trient et les exécutent, sous les yeux des autres soldats.
A Lyon, le 20 juin 1940, les tirailleurs sénégalais, qui auraient dû bénéficier du statut de prisonniers de guerre, sont hachés à la mitrailleuse et au canon des chars. Les blindés écrasent de leurs chenilles les morts et les agonisants. Au cours de cette journée, tous les tirailleurs africains faits prisonniers dans la région lyonnaise sont systématiquement abattus. 188 d’entre eux sont enterrés dans le cimetière sénégalais de Chasselay, au nord de Lyon. C’est aussi le cas de 27 Tirailleurs que les Allemands découvrent dans une colonne de prisonniers, montée de Balmont dans le quartier de Vaise (Lyon-nord). Ils sont alignés contre un mur et fusillés immédiatement
A l’autre bout de la France occupée, vers Rouen, 321 soldats noirs sont exécutés parce qu'ils sont noirs.

Cimetière des Sénégalais de Chasselay, au nord de Lyon
Pour Raffael Scheck, près de 3000 tirailleurs meurent ainsi dès les premiers mois de la guerre. Pour l’historien qui s’est particulièrement intéressé à la question, l’armée allemande n’avait pas de consigne stricte à ce sujet. Juste l’expression d’un racisme bien ancré chez les soldats (pas chez tous bien sûr, des contre-exemples sont cités). Voici comment les combattants issus des colonies françaises ont finalement été jetés en pâture au racisme hitlérien.
Petit exercice. Imaginons qu’un Africain ou un Malgache (par exemple) veuille venir passer un mois de vacances en France, chez un ami français. J’ai tenté de dresser la liste des formalités qui l’attendent. Excusez-moi si j’ai oublié quelques étapes. Question subsidiaire : combien d’heures de travail de fonctionnaires, de tonnes de papier, de m² d’archives ? de suspicion à tous les étages ?
1 – Obtenir un acte de naissance auprès de la mairie de son lieu de naissance. Si ce dernier est éloigné, cela peut prendre quelques jours de voyage à travers le pays, mais ne traînons pas car les formalités suivantes exigent toutes un acte de naissance récent
2 – faire établir par les autorités du pays d’origine une carte d’identité à partir de l’acte de naissance
3 - faire établir un passeport à partir de l’acte de naissance, de la carte d’identité, de divers justificatifs : délai et coût variable...
4 – réserver un billet d’avion auprès d’une compagnie qui accepte d’annuler la réservation en cas de refus de visa ; souvent la compagnie exige le paiement alors que la réponse pour le visa n’est pas parvenue
5 – demander à l’ami en France une attestation d’accueil auprès de sa mairie ; ce dernier devra pour cela fournir une pièce d’identité, l’acte de propriété ou le bail de son habitation, des factures d’eau ou de téléphone, ses trois dernières fiches de paie, un timbre fiscal de 30 euros. De plus, un agent de la mairie pourra venir visiter son domicile et il doit venir se présenter physiquement en mairie,
6 – demander à l’ami français d’envoyer le plus vite possible l’attestation d’accueil remplie et signée par le maire, ainsi qu’une lettre d’invitation et une attestation de prise en charge : selon la qualité du courrier, le recours éventuel à un transporteur pourra être nécessaire (50 euros)
7 – souscrire un contrat d’assurance couvrant les frais médicaux et de rapatriement (60 à 100 euros environ)
8 – placer sur un compte au moins 700 euros par mois de présence en France et demander à sa banque un justificatif (je passe sur les pièces demandées pour l’ouverture du compte)
9 – retirer un formulaire de demande de visa touristique au consulat de France ; file interminable, personnel parfois agressif et hautain
10 – remplir le formulaire qui comprend 42 questions, portant entre autres sur les parents du demandeur, les autres demandes de visas les trois dernières années, les séjours antérieurs, le but du voyage, son financement…
11 - demander un rendez-vous au consulat pour apporter le dossier rempli et les nombreuses pièces jointes ; interrogatoire en français par l’agent consulaire et demande éventuelle de pièces complémentaires ; paiement des frais de dossier pour l’examen de la demande (60 euros, perdus même si le visa est refusé)
12 - retrait du visa au cas où il est accordé, en présentant les originaux des pièces du dossier ; le refus de visa est souvent annoncé devant les autres demandeurs, sans justification
13 - confirmer le vol auprès de la compagnie, s’il est encore temps, et payer le billet
14 - aller à l’aéroport en gardant toujours sur soi : le billet d’avion bien sûr, le passeport, les chèques de voyage (vérifiés à l’arrivée), l’attestation d’accueil, le carnet de vaccination…
15 – dans certains cas, contrôle des papiers par la gendarmerie française au pied de l’avion (accords entre pays)
16 – contrôle spécifique pour les étrangers à la sortie de la passerelle de l’avion, vérification des papiers, interrogatoire en français
17 – passage et contrôle au guichet de la police de l’air et des frontières
18 – passage de la douane, fouille

Le très utile livre "Bienvenue en France" évoque de nombreux étrangers parfaitement en règle qui finissent en centre de rétention car tel ou tel fonctionnaire français a eu un doute. Ses droits sont souvent rétablis après des heures et des jours de rétention et de démarches, mais ses bagages ont en général disparu.
Cette liste ne présente que les formalités pour passer quelques jours en France. Pour un étranger qui voudrait rester plus de trois mois en France, c’est une histoire bien plus longue… Vous pouvez vous reporter à l’histoire de Sara et Alain. Sara a mis 22 mois pour obtenir un titre de séjour, après visites médicales, x convocations, paiement de centaines d’euros de frais, taxes, timbres fiscaux… C'était avant les réformes qui ont alourdi les procédures.

Une dernière remarque : le français qui va à Madagascar peut retirer son visa à l'arrivée, dans l'aéroport. Il lui en coût une vingtaine d'euros.
Je ne sais qui a fait remarquer que l’une des décisions les plus exceptionnelles qui pourrait sortir du Grenelle de l’Environnement serait la suivante : respecter et faire respecter les lois existantes en matière d’environnement !

Dans n’importe quel coin de France, une courte promenade suffit pour se heurter à quantité d’infractions environnementales jamais poursuivies. Quittons n’importe quelle ville, même de petite taille. Dès la sortie, des rangées de panneaux et panonceaux publicitaires vous font une haie d’honneur. Une très grande majorité de ces panneaux est totalement illégale… La route qui vous conduit a été rénovée après 1998 ? Elle doit obligatoirement être dotée d’une voie cyclable (article 20 de la loi n° 96-1236 du 30 décembre 1996) Ah bon ? Empruntons maintenant un chemin rural sympathique. Aussitôt, des motos vous croisent et un quad vous double. Tout aussi interdit par la loi…
Cette manie bien française de ne pas faire appliquer la Loi en matière d’environnement se retrouve à tous les niveaux. Elle pourrait même coûter cher à