FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...

Ceci est une forêt.
Lorsque vous abattez et déracinez au bulldozer tous les arbres d’une forêt, pour l’administration française cela reste une forêt. Pour vous cela ressemble à un champ de bataille infâme, mais la loi continue de voir une forêt. Tout juste l’administration vous demandera-t-elle, dans les deux ans, de remplacer la défunte forêt par une plantation de résineux, comme cela s’est tellement vu dans le massif central et dans le Morvan…
Pendant des décennies, raser une forêt vous valait même des faveurs particulières : exonération d’impôts fonciers pendant trente ans, plants gratuits offerts par le gouvernement… Comme quoi, le délire productiviste n’aura pas touché que l’agriculture…
Les choses ont un peu changé dans la réglementation, mais les esprits n’évoluent pas aussi vite, des générations de forestiers ayant été formés aux vertus de la coupe rase.
Là où tout un chacun voit l'abominable saccage d’un paysage et d’un milieu naturel, certains professionnels continuent de considérer la coupe rase comme un mode normal de gestion d’une forêt. Puisque cela se fait ailleurs... Puisque la loi l’autorise…
En prenant un tout petit peu de recul, comment peut-on penser que détruire entièrement un milieu est une façon comme une autre de l’exploiter ? Appellerait-on « pêche » le fait de vider entièrement une mer, d’en retirer tous les poissons, avant de remettre de l’eau et des poissons d’élevage ?
Et si l’aspect de nos espaces boisés nous renvoyait finalement une image assez fidèle de l’intelligence à géométrie variable de notre société ? Les plantations de résineux témoigneraient de la violence contemporaine à la poursuite des bénéfices, de la course à la facilité au détriment du long terme. Les forêts jardinées, aux arbres d’âges et d’essences variées, honoreraient quant à elles la diversité, le foisonnement, la vitalité, l’alliance bien comprise entre les savoir-faire humains et les capacités régénératrices de la nature.
P.S. La photographie a été prise à Villapourçon, dans la Nièvre.
Promouvoir la sylviculture intensive peut parfois réserver des déconvenues... Ainsi, lorsque les élus du conseil général de la Loire ont découvert l'avertissement figurant en préambule du dernier film d'Eric Roehmer (Les amours d'Astrée et de Céladon), leur sang n'a fait qu'un tour. Que pouvait-on lire à l'écran ? Ceci : "Malheureusement, nous n'avons pu situer cette histoire dans la région où l'avait placé l'auteur, la plaine du Forez étant maintenant défigurée par l'urbanisation, l'élargissement des routes, le rétrécissement des rivières, la plantation de résineux". Ni une, ni deux, ces élus - si prompts par ailleurs à dénoncer la judiciarisation de la vie publique lorsqu'ils en sont les victimes - ont immédiatement assigné en référé le producteur du film pour dénigrement. Le conseil général de la Loire vient d'être débouté par le tribunal de grande instance de Monbrison.
Les élus du Morvan devraient toutefois méditer quelque peu cet exemple. A vouloir caresser dans le sens du poil quelques propriétaires influents et leurs prestataires, ne mettent-ils pas à mal l'image même du massif et son potentiel touristique ? A moins qu'en persistant dans le soutien aux plantations de douglas et aux coupes rases, ils ne pensent spécialiser le Morvan dans le tournage des films d'horreur ?

Hôtel, film de Jessica Hausner (2004)
Je vous ai parlé de lui dans un billet le 1er octobre dernier. Benoît, jeune Autunois de 29 ans, est parti aujourd’hui pour un tour d’Europe et d’Asie qui doit durer quinze mois. Son objectif : aller à la rencontre de « témoins du climat », c'est-à-dire des femmes et des hommes qui étudient, anticipent, combattent… le réchauffement climatique. Benoît a donc quitté aujourd’hui Autun pour gagner Turin, point de départ de son périple.

De l’école primaire au lycée, plusieurs classes le suivront, par site internet interposé. Ces élèves devraient être émerveillés par la détermination et l’entrain de leur reporter climatique. Je peux témoigner que si beaucoup disent que le réchauffement climatique est un problème majeur pour notre planète et ses habitants, encore trop rares sont ceux qui le pensent aussi fortement et aussi sincèrement que lui.
Pour vous en convaincre allez faire un tour sur son site. Vous constaterez tout le travail déjà accompli. Des interviews réalisées en France sont déjà en ligne, je vous conseille celle d’Yves Richard, un passionnant professeur de l’université de Dijon qui évoque l’évolution du Climat en Bourgogne.
Bon voyage Benoît, salue de notre part les terriennes et terriens que tu rencontreras et qui veulent comme nous léguer aux générations qui les suivront une planète vivable et riche de diversités...

Autun fait donc partie des quelque 200 villes qui vont voir leur tribunal d’instance fermer. On ne sait pas vraiment sur quelles bases les choix se sont faits,
Quoi qu’il en soit, le citoyen d’Anost devra rouler trois heures aller-retour pour une simple démarche au tribunal d’instance. Entre Nevers et Chalon-sur-Saône, vous traverserez sur
Cette réforme laisse un goût amer, car en réalité, ce sont bien les petites villes qui sont délibérément visées. Des petites ville qui sont victimes depuis des années du déménagement systématique des services de l’Etat, programmé par des technocrates penchés sur les chiffres et coupés des réalités de la province.
En quoi le modèle des petites villes gêne à ce point l’Etat ? Elles qui offraient pourtant des conditions idéales de développement humain et économique au meilleur coût : du foncier bon marché, une offre de santé et de services complète, des crèches sans ou à peu près sans liste d’attente, du logement social inoccupé, un échane économique avec tout un arrière-pays rural, etc.
Mais la vision de l’Etat se borne hélas à quelques grandes métropoles perdues dans un immense désert rural, dont on ne sait ce qu’il deviendra. Sans doute une alternance de céréales OGM et de forêts industrialisées à perte de vue, traversées par des autoroutes et des lignes TGV.

Le tableau d’Ingres dans la cathédrale d’Autun passe souvent inaperçu, sur un mur peu éclairé de l’édifice.
La scène représente le martyre de Symphorien. Nous sommes en 179 ; cela ne nous rajeunit pas. Entre cultes romains et foi chrétienne, les Autunois ne se sont pas encore fait une religion. Dans la toute récente Augustodunum, se côtoient des gens d’origine et de culture très variées. L’auréole étant à l’époque un attribut héréditaire, Saint-Symphorien est le fils de Saint-Fauste et de Sainte-Angusta. Cette famille fait partie de la toute petite minorité chrétienne de la ville. Alors que l’on fête dans les rues la déesse Cybèle, Symphorien – emporté par la fougue de ses vingt ans – se fait remarquer bruyamment. Et il se trouve que les adeptes du culte de Cybèle, promettant eux aussi le salut après la mort, n’apprécient qu’assez peu la concurrence. N'ont-ils pas très récemment torturé à Lyon et à mort la jeune Blandine et le vieux Pothin ? Toujours est-il que pour les vauriens ennemis de Symphorien, la foi du saint ne vaut rien ! Conduit au supplice, sa mère, du haut des remparts, lui aurait crié, entre autres : « aujourd’hui, ta vie n’est pas détruite, elle est changée en une vie meilleure » ; avant que l’implacable glaive ne fasse taire définitivement le jeune rebelle.
Voici brossé le tableau. Celui d’Ingres, accroché dans la cathédrale d’Autun, mesure très exactement 4,07 m sur 3,39 m ; soit plus que les superbes panneaux publicitaires qui embellissent nos entrées de ville… Sa taille l'empêcha d’ailleurs d'être retenu dans le cadre de la grande exposition que le Louvres a consacré à Ingres en 2006. C’est pourtant une des œuvres majeures de Jean Auguste Dominique Ingres, connu aussi pour son fameux violon. Le peintre consacra plus de dix ans à ce projet, multipliant les croquis, venant à Autun étudier l’architecture locale… Aussi, lorsque son tableau, exposé en 1834, fut étrillé par la critique, il quitta la France avec fracas pour l’Italie et un exil de six années. Le Symphorien d’Ingres est alors peu à peu tombé dans un certain oubli, comme le mot de Théophile Gauthier à son propos : "c'est la plus belle fresque qu'il soit possible de voir".
Pour les plus jeunes, le Haut-Folin, point culminant du Morvan (901 mètres), n’est qu’un massif résineux traversé de quelques pistes de ski de fond. Très beau, mais seulement pour les amateurs de nature sauvage et secrète. Les plus anciens se souviennent pourtant de la station de ski du Morvan ! Les petits Autunois, qui n’avaient pas les moyens de partir en vacances d’hiver dans les Alpes, louaient chaussures et skis à La Hutte, rue aux Cordiers, avant de partir se défouler au Folin : luge, ski, batailles de boules de neige… La remontée mécanique avait souffert et le terrain manquait quelque peu d’entretien. Si bien qu’une mauvaise langue prétend sur le net que pour skier , il fallait « plus d'un mètre de neige et monter un taille haie à l'avant des spatules ».

Tous n’ont pas vécu cette expérience sportive, mais tous se rappellent du chalet, petit lieu qui réchauffait les corps et les âmes l’hiver, qui offrait des crêpes aux myrtilles...

Il y a 10 ou 15 ans, le chalet a pris feu. Ceux qui connaissent les lieux – un peu « isolés », dirons-nous – imaginent sans peine la suite. Lorsque les pompiers sont arrivés, il ne devait plus rester grand-chose... Le chalet a été rasé, le remonte-pente démonté, la forêt a totalement repris ses droits. Et si une odeur de chocolat chaud ou de crêpe plane encore sur les pentes brouillardeuses du Folin, il ne s’agit plus que des fantômes de nos escapades enfantines.
Benoît Kubiak, un Autunois, prépare un périple qui le verra traverser une bonne partie de l’Europe et de l’Asie. Son projet consiste à multiplier les rencontres autour d’un thème : le réchauffement climatique. Tout le monde en a plus ou moins entendu parler, mais beaucoup semblent vouloir ignorer que poignent à l’horizon des remises en question radicales de notre façon de vivre. Benoît va aller enquêter dans les pays qu’il traversera : les gens ont-ils pris conscience du phénomène ? Les responsables s’y préparent-ils ? Quelles sont les actions envisagées pour y faire face ?

Il part seul, mais ils seront finalement beaucoup à voyager avec lui. Trente blogs, dont celui que vous lisez actuellement, le soutiennent déjà. De nombreuses associations et des citoyens lui apportent une aide technique ou financière. Enfin, il restera en contact – tout au long de son voyage – avec
Comme plein d’autres d’amis – dont beaucoup le connaissaient bien mieux que moi - nous sommes très attristés par le décès d’Yves Lhomet. Le journal Le Bien Public lui a consacré un article en tant que pionnier de l’imagerie de synthèse. Nous avons surtout connu le militant pour l’écologie, particulièrement dans le monde rural. Enseignant au lycée forestier du Velet, il tentait contre vents et marées d’attiser la curiosité de ses élèves, de leur faire découvrir le monde au-delà des frontières de leur lycée, de leur famille, de

Leçon à retenir : régulièrement repeindre le bleu du ciel !
Les « puissants » ont eu raison de lui en le poussant à la mutation et en l’éloignant de nous autres morvandiaux. Une des dernières visions que j’ai de lui : il fait soleil, il est attablé à la terrasse d'un café d’Etang sur Arroux, avec sa fille - vers laquelle vont toutes mes pensées.
Je crois qu’il aimait plus que tout observer le monde autour de lui. Et comme j’ai pu le découvrir sur ses deux blogs, cela finissait par des croquis. Il faisait preuve à l’égard de ses modèles impromptus de l’indulgence et de la gentillesse que nous lui connaissions dans la vie de tous les jours. Vous pourrez lire par exemple une description des élèves qu’il surveillait en examen en juin 2006.
En hommage à Yves, quelques-uns de ses croquis.



Au hasard de ma navigation internaute, je suis tombé sur la bien triste histoire d’un Autunois malgré lui. Une histoire qui dévoile aussi les scandaleuses pratiques qui entouraient le placement des enfants de l’assistance.
Michel José Gueydan est né en 1950 à Paris. Le 16 mai 1954, il est trouvé seul dans la rue, à Choisy le Roy, et conduit au commissariat. Sa mère est identifiée le 20 mai, alors que le petit garçon de 4 ans a été conduit à l’hôpital-hospice de Saint-Vincent de Paul.
Le 7 octobre 1954, Michel José quitte Paris pour l’agence d’Autun de l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance, ou encore l’assistance publique).
Dès lors, on ne lui donnera plus aucune nouvelle de sa mère et lorsqu’en 1978, il demandera à l’administration des renseignements sur cette dernière, on lui répondra que « depuis 1960, date à laquelle elle fut infructueusement recherchée par
Avec une grande persévérance, son fils s’est lancé dans des démarches visant à prendre connaissance des du dossier de son père. Il a découvert une toute autre version que celle de l’assistance publique.
Il est tombé en particulier sur une lettre de la maman de Michel José. On y apprend qu’elle allait chaque semaine rendre visite à son fils à Saint-Vincent de Paul jusqu’à un jour d’octobre où on lui apprend qu’il a été placé dans une agence, sans plus de précision. Elle écrit alors au directeur de l’assistance publique : « Je vous en prie, Monsieur, donnez l’adresse où il est, c’est mon fils, je l’aime. J’ai peut-être eu des torts, mais surtout j’ai celui de n’être pas riche, ce n’est pas pour cela que je n’aime pas mon petit Michel, et lui aussi m’aime beaucoup… ». On imagine que si Michel avait simplement pu lire ces mots de son vivant – « c’est mon fils, je l’aime » - sa vie en aurait été bouleversée. Mais cette lettre est restée enfermée cinquante ans dans des archives administratives… La maman explique également dans cette lettre que « l’abandon » du 16 mai 1954 serait dû à une défaillance de la nourrice du petit garçon.

Le fils de Michel découvre bien pire. Le 15 mars 1955, le tribunal pour enfants de Paris statue et rend la garde de Michel à sa mère. L’agence d’Autun de l’Assistance Publique n’appliquera jamais cette décision de justice. Malgré deux lettres du procureur, elle fait la sourde oreille, tout en précisant que la mère ne prend jamais de nouvelles de l’enfant. En fait, elle n’avait aucun moyen de savoir qu’il était à Autun.
Sur le site qu'il a créé, le fils de Michel s'exprime ainsi : "Pour ces personnes, un enfant était une "marchandise" qu'il fallait au plus vite faire adopter. Mensonges, falsifications de pièces, pièces manquantes, culture imbécile du secret, contradictions et mépris total de la personne en tant qu'être humain...". Tout cela transparaît dans les moindres détails du dossier mis en ligne sur le site.