PEFC, FNE... dans le Morvan et dans le Monde...

Par ... :: dimanche 08 mars 2009 à 15:00 :: Autun et le Morvan

Bonjour.

 

Je relaie intégralement les deux longs articles consacrés par Fabrice Nicolino au scandale du PEFC, "label" de certification du bois (trop) soutenu par France Nature Environnement. Très instructif... Le blog d'où sont tirés ces articles, Planète sans visa, figure dans mes liens.

 

 À propos de la forêt en France

La forêt. Les arbres et leur puissance m’envoûtent. Et la vie qui s’y trouve. On comprendra mieux de la sorte les raisons de ma colère contre ceux qui pactisent. Contre ceux qui avalisent. Contre ceux qui labellisent. Un avertissement : ce texte sur l’écolabel forestier dit PEFC (Pan European Forest Certification) est long, et ressemble à un sentier dans une vraie forêt naturelle. J’espère que vous ne vous perdrez pas en route. Le pire, sachez-le en tout cas, est à la fin. La fin de la deuxième partie. Car il y a deux parties, oui. La France d’abord, le monde ensuite.

Et je commence. Moi, je suis fier d’être l’ami de Lucienne Haese, ma chère Lulu d’Autun. J’ai déjà parlé de cette femme d’exception (ici), qui défend les forêts, les vraies forêts du Morvan avec une vaillance qu’on n’imagine pas. Dans cette partie de la Bourgogne, les arbres feuillus qui sont l’âme morvandelle s’effacent devant les plantations. Des plantations de sapins de Douglas, essentiellement, bien que le nom de sapin soit impropre. C’est un conifère d’Amérique du Nord, introduit en France en 1842, et qui pousse vite, très vite, au-delà de 50 mètres de hauteur.

Cet arbre devait fatalement devenir un instrument du productivisme, et cela n’a pas manqué. Dans le Morvan,  les résineux représentaient déjà 23 % du peuplement forestier en 1970, à la suite de subventions massives. Et 40 % en 1988. Et plus de 50 % aujourd’hui. Au détriment de la chênaie-hêtraie, pardi. Pardonnez-moi de me citer : « Des grandes compagnies bancaires ou d’assurance - Axa, les Caisses d’épargne - paient des gens pour repérer les ventes de forêts, ou pour les susciter. Ainsi sont apparues des propriétés de centaines d’hectares d’un tenant, sur lesquelles passent d’infernales machines à déraciner les arbres tout en les découpant. Table rase ! Coupe à blanc ! Lulu m’a montré des photos : je ne croyais pas cela possible en France. Une déroute écologique ».

Et pourtant, la Bourgogne est considérée par les gens du label PEFC comme exemplaire. Je les cite : « La Bourgogne a été la première région française à être certifiée pour la qualité de sa politique forestière de gestion durable selon le référentiel PEFC ». Bien entendu, à l’exception d’une poignée de spécialistes, personne ne sait ce que signifie PEFC. Mais je vais vous l’expliquer en détail, faute de quoi rien ne sera compréhensible.

PEFC veut donc dire à l’origine Pan European Forest Certification, c’est-à-dire Certification forestière pan-européenne.Il s’agit d’un label commercial imaginé en 1999 par les industriels du bois de six pays : l’Allemagne, la France, l’Autriche, la Norvège, la Suède et la Finlande. Il n’y a aucun mystère. Ces industriels, sentant le vent tourner et les esprits changer, ont réfléchi à la manière de changer l’image de marque de leurs produits. Et inventé un label « durable » systématiquement associé au bois qu’ils vendent. C’est de bonne guerre, c’est pure routine commerciale.

Mais que veut dire au juste ce label ? Comme on a vu, il permet d’assurer que les plantations de Douglas, malgré la dévastation, sont exploitées de manière « durable ». Dans la « forêt » des Landes, qui vient d’être fauchée par la tempête, c’est exactement la même chose. Avant la catastrophe, cette « forêt » s’étendait sur un million d’hectares, dont 90 % plantés en pins maritimes. Soit une gigantesque monoculture qui est à l’opposé de ce que l’écologie la plus élémentaire appelle une forêt. Sur le plan biologique, ce territoire se rapproche davantage du désert.

Et ? Et le « patron » local du label PEFC s’appelle Guillaume Grigaut, responsable du Comité interprofessionnel des bois d’Aquitaine (Ciba). Ce Ciba regroupe on s’en doute l’industrie. Et son but est de produire du bois aussi vite qu’il est possible, et au plus bas coût possible. Évidemment. Jetez donc un œil à cette présentation de la forêt par la Chambre d’agriculture des Landes. C’est saisissant (ici) ! Deux extraits. Le premier : « La productivité de cette forêt a fortement augmenté pour atteindre aujourd’hui 12 m3 par ha et par an contre 4 à 5 m3 il y a 25 ans. Cette évolution s’explique par le passage d’une forêt destinée au gemmage (récolte de la résine) à un peuplement pour l’industrie du bois . L’amélioration génétique avec des variétés à croissance plus rapide et à port plus droit a fortement contribué à cette évolution ». Le second : « Les densités de boisement sont de 1200 à 1600 arbres par ha pour atteindre à la coupe rase 250 arbres par ha contre 130 il y a 25 ans. Dans le même temps, la durée de coupe a été réduite de 70 à 40-50 ans aujourd’hui. Ce raccourcissement (…) optimise la courbe de croissance des arbres. La coupe rase peut permettre une récolte de 300 à 400 m3 par ha variable selon la conduite du peuplement ».

J’espère que cette belle « forêt » vous fait autant envie qu’à moi. En tout cas, telle est la réalité. Dans les Landes, l’industrie du bois augmente la productivité de ses coupes rases tout en disposant du label PEFC, et les deux fonctions logent sous la même casquette, celle de M. Grigaut. Cela n’est guère étonnant, car le cahier des charges du label, qui rappelle tant l’esprit de l’agriculture raisonnée - faux-nez de l’industrie de l’agriculture - consiste avant tout à respecter les lois en vigueur. Audacieux, n’est-ce pas ?

ou l'histoire d'un label "bidon" soutenu par le lobby forestier, l'Etat, l'ONF...

Mais regardons de plus près. On retrouve dans la plupart des cahiers des charges régionaux du label PEFC les mêmes mots, qui ne dissimulent pas grand chose. Exemple : il ne faut pas « exécuter de coupe rase sur une surface d’un seul tenant supérieure à 25 hectares, ou 10 ha dans le cas de pente supérieure à 30% ou de site à forte fréquentation touristique, sans notice analysant l’impact de la coupe sur le paysage, l’érosion des sols et l’équilibre de la récolte ». Admirez avec moi ! Jusqu’à 25 hectares, on peut tout arracher, et au-delà, rédiger une notice que personne ne lira jamais. On a déjà vu plus rude règlement.

Tout est à l’avenant, résumé dans cette formule-choc : le propriétaire doit « respecter, concernant son activité forestière, les lois et règlements, en particulier les dispositions du code forestier, du code de l’environnement, du code de l’urbanisme et du code du travail ». Ce qui autorise - et c’est écrit en toutes lettres d’un bout à l’autre de la France - à utiliser des pesticides en forêt, et bien entendu des engrais de synthèse, mais « de manière raisonnée ». En revanche, il faut s’abstenir de tout épandage le long des cours d’eau, sauf exception. En Bourgogne, on a même le droit d’extraire ou d’exploiter commercialement la tourbe ou la terre de bruyère. Mais attention les yeux, « après avoir pris garde à ne pas modifier la dynamique de l’écosystème ».

Comment obtient-on le sésame PEFC ? En adressant un chèque à l’organisme régional. Soit en général 10 euros plus 0,5 euro par hectare et par an. Donné. En échange, les propriétaires s’engagent comme des petits fous. Extrait de l’animation « Comment ça marche », réalisée par le label lui-même (ici) : « L’adhésion du propriétaire ne se limite pas à sa contribution. Elle est assortie d’un engagement à appliquer les recommandations de la politique régionale de qualité de la gestion forestière durable ». Le mot clé, selon moi, est recommandation. Un mot d’une douceur de rêve.

Finalement, à quoi sert donc ce label ? Le Centre régional de la propriété foncière (CRPF) Midi-Pyrénées (L’Écho des forêts n°38) répond sans état d’âme : « Enfin et surtout, l’argument est commercial, la certification est aujourd’hui un atout pour mieux vendre et exporter, mais, très vite, demain, elle deviendra une nécessité pour tout simplement vendre ». Essayez de pardonner ma longueur. Je la crois nécessaire pour comprendre ce qui se passe.

Place désormais à France Nature Environnement (FNE), ces écologistes officiels qui ont pris leurs quartiers au ministère. On aura compris que je ne vise donc pas les dizaines de milliers de bénévoles vaillants qui sont fédérés, bon gré mal gré, à ce conglomérat. Mais un groupe d’apparatchiks comme il naît dans toute institution humaine, aussi noble soit-elle au départ.

FNE est associée depuis le début, depuis 1999, à la certification forestière PEFC. Des représentants d’associations de terrain siègent ès qualité, dans les grandes régions, à des réunions sans autre but que de permettre à l’industrie de vendre. À mes yeux, FNE sert ainsi de caution à une opération commerciale ordinaire. On chercherait en vain - cela dure depuis dix ans, tout de même - la moindre évolution importante des propriétaires forestiers. Une plantation de Douglas, un champ dopé aux pesticides de pins maritimes seraient des forêts. Et pourraient mériter, aux yeux d’une grande confédération écologiste, un label durable. Eh bien, cela m’est insupportable. Simplement.

Dans une réunion interne de FNE, qui s’est tenue le 20 décembre 2008, on apprend des choses ahurissantes sur ce fameux label PEFC. D’abord, sur ses dimensions réelles, qui couvrent la bagatelle de 45% du volume de bois mis sur le marché. Près de la moitié du bois made in France  est donc certifié PEFC. Notre pays aurait basculé sans en avoir conscience dans une gestion exemplaire de ses forêts. Génial !

Génial, mais faux. Un propriétaire est contrôlé tous les dix ans en moyenne, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’est pas vilain avec lui. Lisez donc cet extrait du compte rendu de la réunion : « Un constat est fait dans les rapports de contrôles : la plupart du temps les observations sont notées en axes d’amélioration plutôt qu’en écart. Depuis la création de PEFC, il n’y a eu aucune exclusion ». Vous avez bien lu. Ce système est si parfait et ses membres si vertueux que pas une seule exclusion du label PEFC n’a été prononcée en dix ans. Et ce label couvre 35 % de la forêt française, tant publique que privée !

La vérité, comme si souvent, est ailleurs. Et c’est encore cette réunion de FNE qui la révèle en toutes lettres : « PEFC est informée que certains chantiers se passent dans des conditions douteuses. Mais c’est une limite du système : les ER manquent d’impartialité et d’indépendance pour traiter de manière satisfaisante ces non-conformités. Les mesures de correction ne sont pas suffisantes. PEFC France a conscience de la faiblesse des ER concernant les contrôles ». Rions tant qu’on le peut encore. Les ER sont les « entités régionales » de PEFC, ses antennes. Ainsi donc, faute d’indépendance, elles sont incapables d’évaluer la qualité des chantiers forestiers. Nous voilà dans la farce la plus totale qui soit. FNE donne son imprimatur à un label qui est distribué à qui passe dans la rue. Un label qu’il est impossible de perdre.

Il existe à ma connaissance un cas où cette étrange opération a connu un sérieux raté. J’espère qu’il en est d’autres, d’ailleurs. Dans la région du Nord-Pas-de-Calais, l’association Nord-Nature, qui représente FNE, a claqué la porte des réunions PEFC en 2004. Et rompu tout lien avec ce label. L’affaire n’a pas été ébruitée, mais elle est instructive, car l’écologiste sincère qui assistait aux réunions pour le compte de FNE n’a jamais pu se faire entendre sur des questions de base. Ni sur la biodiversité, ni sur la protection des milieux fragiles, ni sur la politique sylvicole, qui détermine pourtant bien des choses. Dans le Nord, oyez, les forestiers gèrent leur label en famille, à l’abri des regards. Depuis 2004, il existe au moins une région rebelle aux desiderata de Sébastien Genest. Mais qui le sait ?

Je m’arrête ici, mais il y a une suite, qui sera tragique. Car PEFC est un label international, soutenu d’un bout à l’autre de la terre par FNE. Seule. Je veux dire qu’aucune association écologiste, de quelque pays que ce soit, n’a jugé bon de siéger dans ce machin-là. Sauf FNE, qui n’a strictement aucune légitimité pour cela. Vous verrez dans le prochain épisode que FNE, qui ne sait rigoureusement rien de ce qui se passe dans les pays du Sud, accepte pourtant de cautionner les pires atteintes aux écosystèmes les plus essentiels de la planète. Vous avez encore le droit de douter. Attendez de voir les preuves, car elles existent.

À propos de la forêt dans le monde (un scandale authentique)

Donc, France Nature Environnement (FNE) copine avec l’industrie du bois de manière à octroyer un label commercial, en France, aux monocultures de pins et de Douglas (voir l’article précédent). C’est lamentable, assurément, mais cela ne touche pas aux joyaux de notre Couronne planétaire. Au moins, du moins, les forêts tropicales et boréales ne sont pas concernées. Sauf que si. Elles le sont. Exactement de la même manière. Ou plutôt d’une façon beaucoup plus grave, avec la pleine, entière et consciente coopération de quelques responsables de FNE. Car ils sont au courant, pour l’essentiel, depuis longtemps. Comme je ne sais l’expliquer vraiment, je me contenterai provisoirement de dire qu’ils ont perdu la tête. Mais voici l’histoire.

Le label PEFC est international. Il délivre aussi des certificats de bonne conduite pour les forêts boréales et tropicales. Et cela donne des résultats inouïs. Avant de détailler, je dois nommer une fois encore Sébastien Genest, le président de FNE. Je ne lui cherche pas noise, je lui demande seulement d’assumer publiquement ses positions publiques. Et en voici une, de taille.

C’est lui - il est forestier - qui a poussé FNE à soutenir le label PEFC. Et il est aujourd’hui membre de son bureau international (ici). Regardez donc ces têtes satisfaites d’elles-mêmes, et ces titres ! Chairman, Vice Chairman, Board Member. Oh, il n’y a pas besoin de longues études pour comprendre comment marche un tel système. Quoi qu’il en soit, Sébastien Genest est au bureau international, où il sert de caution mondiale à un label qui se situe pourtant aux antipodes de l’écologie. Et il est le seul ! Le SEUL ! Aucune autre association écologiste n’a osé apposer son nom au bas des tracts PEFC, ce qui est tout de même rassurant. Mais aussi très inquiétant. Au nom de quoi FNE, qui ne dispose d’aucune expertise, d’aucun relais, d’aucun engagement dans les pays-clés de la biodiversité, ose-t-elle parler au nom de tous ? Au nom de quoi ose-t-elle prétendre que le label PEFC est bon dans les lointaines contrées boréales et tropicales ? Ce serait farce, en d’autres circonstances.

Aux États-Unis, un autre label existe depuis des lustres, American Tree Farm System (ATFS). Comme il a le même but que PEFC - vendre du bois -, il était logique que les deux s’épaulent. De rapprochement en rapprochement, un accord est conclu en 2007, mais qui doit être avalisé par un audit rigoureux. Pensez, ces gens sont sérieux. Or donc, PEFC donne mission à un organisme indépendant, ITS, basé en Australie, de certifier le certificateur qu’est ATFS. Le choses deviennent alors passionnantes.

Car il s’agit d’une rencontre entre deux adversaires assumés de l’écologie. ATFS, le label américain, est de son côté sponsorisé par le géant de l’agochimie BASF ! Si vous voulez souffrir, allez voir comment les deux larrons accordent des récompenses ensemble (ici). C’est simplement effarant. Et quant à l’organisme indépendant censé garantir l’engagement d’ATFS, il s’agit de la société International Trade Strategies Pty Ltd, dont le propriétaire s’appelle Alan Oxley (ici).

Oxley ! Nous n’habitons pas en Australie, et c’est dommage, car cet homme y est connu là-bas pour ce qu’il est. Je vous résume. Oxley a été l’ambassadeur de l’Australie aux négociations du Gatt - l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) - il y a plus d’une vingtaine d’années. Peu d’hommes de son pays auront fait davantage pour la mondialisation de l’économie, synonyme de destruction de la vie. Vraiment peu. Mais il faut ajouter qu’Oxley est un lobbyiste acharné au service de l’industrie transnationale et qu’il est éditorialiste d’un site internet très marqué à droite, TCS Daily (ici). J’ajoute que lorsqu’Oxley a commencé à y écrire, ce site était soutenu, entre autres, par l’entreprise pétrolière Exxon Mobil.

Et c’est logique, terriblement logique, car Oxley a été au cœur des manœuvres pour retarder la prise de conscience du dérèglement climatique en cours. Selon des sources dignes de foi, il ferait partie d’un groupe qui a tenté et tente probablement encore d’influencer les journaux et les décideurs en faveur du scepticisme climatique. En somme, il serait un Claude Allègre, rémunéré pour ses services, à la différence de l’autre.

Dans ces conditions, M. Oxley était-il l’homme désigné pour certifier que le bois labellisé ATFS est durable ? C’est en tout cas ce qu’il a fait. Le 7 août 2008, le label ami de BASF, adoubé par le lobbyiste Oxley, entrait dans la grande famille PEFC,  sous les applaudissements du bureau international dont fait partie Sébastien Genest, président de FNE.

Dingue ? Je vous laisse le soin de juger. Et m’apprête à clore cet éprouvant chapitre par un événement bien plus inouï encore. La Tasmanie, île proche de l’Australie, compte quelques forêts primaires parmi les plus belles du monde. Des arbres hauts de plus de 100 mètres et vieux de quatre siècles protègent un monde auquel nous devons tout. Le dernier des écologistes devrait être prêt à l’action la plus vive pour les préserver.

Des entreprises forestières se sont pourtant attaquées, ces dernières années, à cet héritage sacré. Après tronçonnage des arbres-cathédrales, passage d’hélicos et largage de napalm - comme au Vietnam - pour cramer les souches et laisser la place à des plantations d’eucalyptus à croissance rapide. Comme avec les Douglas du Morvan, napalm en moins. Pour que les bestioles qui auraient survécu ne puissent boulotter les tendres pousses d’eucalyptus, du poison neurotoxique a comme de juste été épandu autour des plants. Le tout pour fabriquer du papier. Du papier à chiottes, par exemple.

Des hélicoptères lancent des bombes de napalm pour incendier la forêt (credit : The Wilderness Society)

Et ce saccage dégueulasse a reçu le label PEFC. Oui. D’après The Wilderness Society, plus de 140 000 hectares de forêts primaires de Tasmanie auraient été convertis en plantations depuis 1997. Mais cette manière de tout détruire serait durable ! En Australie, l’affaire a fait un raffut du diable, à l’initiative de nombreuses véritables associations écologistes Si vous voulez en savoir plus, reportez-vous au copieux dossier réuni par les Amis de la Terre, impeccable en la circonstance (ici). Le gouvernement australien a promis 50 000 dollars pour aider PEFC à contrer la campagne écologiste de protestation. L’ambassade australienne à Paris assure que l’argent n’a pas été versé. Dans tous les cas, se rend-on bien compte, ici, de ce que cela signifie ?

Depuis 2007, la conversion des forêts primaires aurait pris fin, du moins à grande échelle. Car les coupes rases de forêts primaires continuent, suivies de « nettoyage » au napalm. La conversion en eucalyptus serait limitée à des blocs de dix hectares, lesquels peuvent évidemment, quand on les additionne, représenter des surfaces géantes. Le label PEFC ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Non pas. Le prochain objectif est d’une importance majeure, car il s’agit de la Malaisie, pays d’Asie du sud-est où subsistent, dans la partie malaisienne de Bornéo, d’exceptionnelles forêts primaires.

Mais il y a - elle n’est pas la seule, de loin ! - la compagnie Samling Global Limited, fondée en 1963 en Malaisie. Enregistrée aux Bermudes, son chiffre d’affaires approchait 400 millions de dollars en 2006. Elle exploite des concessions forestières en Malaisie, au Guyana - Amérique du Sud - et en Nouvelle-Zélande, sur environ 4 millions d’hectares. Comme je n’écris pas un livre, je ne peux détailler ici tous les conflits déclenchés cette compagnie avec les populations locales. Au Sarawak, les Penan chers au cœur du Suisse Bruno Manser - disparu dans de troubles circonstances - se battent contre la Samling depuis des décennies.

Un autre peuple de Bornéo, les Kenyah, sont mobilisés en ce moment même contre la compagnie. L’an passé,  les Kenyah ont dressé des barricades pour empêcher les camions de la Samling d’emporter des arbres de leur forêt du haut Sungai Sebua, du Sungai Jekitan et du Sungai Moh. Sur leurs dérisoires pancartes, on pouvait lire : « Samling, ne volez pas les richesses des terres des pauvres pour les donner aux riches de la ville ».

Je pense que cela suffit comme cela. La Samling est donc dirigée par de très braves gens. Lesquels ont obtenu en 2005 une certification forestière appelée Malaysian Timber Council Certification (MTTC, ou Conseil malaisien de certification du bois). Exactement comme les Américains d’ATFS. Restait, et reste au moment où j’écris, à réussir la dernière partie de l’opération, qui consiste à faire reconnaître le label malaisien MTTC par PEFC, ce joli machin cautionné par Sébastien Genest et FNE.

Car, je vous le rappelle, tout n’est que commercial et industriel. Si vous avez le label PEFC sur votre bois, fût-il celui des Kenyah, il pourra être vendu dans le monde entier. Et sinon, vous devrez trouver une autre combine. En ce début du mois de mars 2009, où en sommes-nous ? Selon mes informations, l’affaire avance à grand pas. Un processus de reconnaissance du label malaisien MTCC par PEFC est en cours. Au terme de ce « travail » (ici), la Samling devrait donc pouvoir disposer du sésame sur toutes ses grumes, le mot qui ouvre tous les marchés, PEFC. Bien entendu, toutes les associations écologistes malaisiennes dénoncent cette imposture. Mais que sont-elles, face à la clairvoyance de FNE ?

Oh, j’allais oublier. France Nature Environnement a bien de la chance. Oui, bien de la chance. Car dans la discrétion qui sied à ce genre de pratiques, le ministère de l’Agriculture français prend en charge le salaire de certains de ses chargés de mission. Au moins d’un, qui occupe une partie de ses journées à travailler sur le cas malais.

Dans ces conditions, je me permets de proposer à Sébastien Genest un débat contradictoire. Où il voudra. Quand il voudra. De la manière qui lui conviendra le mieux. Je ne poserai qu’une condition : venir accompagné de deux témoins. Et je suggère que nous discutions sans agressivité ni complaisance de cette certification PEFC. Moi en tout cas, je n’ai rien à redouter. Et l’enjeu concerne la totalité du mouvement écologiste. FNE, à mes yeux, doit se reprendre et quitter le bureau international de PEFC. Nous devons, tous ensemble, empêcher la certification en cours de l’entreprise Samling. Pour commencer. Pour recommencer."

 

Ceux qui ont tué le printemps

Par ... :: jeudi 12 juin 2008 à 22:22 :: Autun et le Morvan

Dans la petite église de Couhard, sur les hauteurs d’Autun, depuis des années, les hirondelles font le printemps. Profitant d’un coin de vitrail brisé, elles ont accolé leur nid à la voûte absidale, à l’abri des regards indiscrets. Quelques complices dans le village veillent de loin sur elles, plaçant un carton sous leur nid pour éviter que leur présence ne vienne salir les pavés… Polis, les parents volatiles cessent leurs va-et-vient nourriciers et se tiennent à carreau lorsqu’ils doivent partager l’édifice avec les quelques mariages ou enterrements… les piaillements de la marmaille rappelant toutefois qu’il y a de la vie, là haut, sous la voûte… et la promesse d’une génération toute neuve prête à prendre son envol…

 

 

Hélas, le printemps 2008 ne s’est pas déroulé comme prévu. Des autorités se sont acharnés à vider l’église de ces occupants sans titre. S’agit-il d’autorités civiles, adeptes - par nature ou par habitude – du propre, du décontaminé, de l’aseptisé, du roundupisé ? S’agit-il d’autorités religieuses, oublieuses des vieux textes de François d’Assise ? Nul ne le sait. Toujours est-il que ces mains anonymes ont bouché le trou dans le vitrail et ont fermé à double tour la porte d’entrée. Et lorsque les amis des hirondelles ont par ruse réussi à rétablir le passage entre les parents et leurs oisillons, des moyens plus violents ont été mis en œuvre. Quatre petits cadavres jonchent désormais le sol de l’église silencieuse.

 

 

Ceux qui ont tué le printemps dans l’église de Couhard ne doivent pas beaucoup aimer le soleil, ni le vent qui se lève. Ils doivent craindre la lune et les étoiles. Les fleurs colorées et les herbes folles ne doivent pas non plus les réjouir...

Ceci est une forêt

Par ... :: lundi 03 mars 2008 à 22:15 :: Autun et le Morvan

 

 

 

 

Ceci est une forêt.

 

Lorsque vous abattez et déracinez au bulldozer tous les arbres d’une forêt, pour l’administration française cela reste une forêt. Pour vous cela ressemble à un champ de bataille infâme, mais la loi continue de voir une forêt. Tout juste l’administration vous demandera-t-elle, dans les deux ans, de remplacer la défunte forêt par une plantation de résineux, comme cela s’est tellement vu dans le massif central et dans le Morvan…

Pendant des décennies, raser une forêt vous valait même des faveurs particulières : exonération d’impôts fonciers pendant trente ans, plants gratuits offerts par le gouvernement… Comme quoi, le délire productiviste n’aura pas touché que l’agriculture…

Les choses ont un peu changé dans la réglementation, mais les esprits n’évoluent pas aussi vite, des générations de forestiers ayant été formés aux vertus de la coupe rase.

Là où tout un chacun voit l'abominable saccage d’un paysage et d’un milieu naturel, certains professionnels continuent de considérer la coupe rase comme un mode normal de gestion d’une forêt. Puisque cela se fait ailleurs... Puisque la loi l’autorise…

 

En prenant un tout petit peu de recul, comment peut-on penser que détruire entièrement un milieu est une façon comme une autre de l’exploiter ? Appellerait-on « pêche » le fait de vider entièrement une mer, d’en retirer tous les poissons, avant de remettre de l’eau et des poissons d’élevage ? 

 

Et si l’aspect de nos espaces boisés nous renvoyait finalement une image assez fidèle de l’intelligence à géométrie variable de notre société ? Les plantations de résineux témoigneraient de la violence contemporaine à la poursuite des bénéfices, de la course à la facilité au détriment du long terme. Les forêts jardinées, aux arbres d’âges et d’essences variées, honoreraient quant à elles la diversité, le foisonnement, la vitalité, l’alliance bien comprise entre les savoir-faire humains et les capacités régénératrices de la nature.

 

P.S. La photographie a été prise à Villapourçon, dans la Nièvre.

L'horreur est dans le bois

Par ... :: jeudi 21 février 2008 à 5:00 :: Autun et le Morvan

Promouvoir la sylviculture intensive peut parfois réserver des déconvenues... Ainsi, lorsque les élus du conseil général de la Loire ont découvert l'avertissement figurant en préambule du dernier film d'Eric Roehmer (Les amours d'Astrée et de Céladon), leur sang n'a fait qu'un tour. Que pouvait-on lire à l'écran ? Ceci : "Malheureusement, nous n'avons pu situer cette histoire dans la région où l'avait placé l'auteur, la plaine du Forez étant maintenant défigurée par l'urbanisation, l'élargissement des routes, le rétrécissement des rivières, la plantation de résineux". Ni une, ni deux, ces élus - si prompts par ailleurs à dénoncer la judiciarisation de la vie publique lorsqu'ils en sont les victimes - ont immédiatement assigné en référé le producteur du film pour dénigrement. Le conseil général de la Loire vient d'être débouté par le tribunal de grande instance de Monbrison.

 

Les élus du Morvan devraient toutefois méditer quelque peu cet exemple. A vouloir caresser dans le sens du poil quelques propriétaires influents et leurs prestataires, ne mettent-ils pas à mal l'image même du massif et son potentiel touristique  ? A moins qu'en persistant dans le soutien aux plantations de douglas et aux coupes rases, ils ne pensent spécialiser le Morvan dans le tournage des films d'horreur ?

 

 

Hôtel, film de Jessica Hausner (2004)

Il est parti !

Par ... :: lundi 04 février 2008 à 5:49 :: Autun et le Morvan

Je vous ai parlé de lui dans un billet le 1er octobre dernier. Benoît, jeune Autunois de 29 ans, est parti aujourd’hui pour un tour d’Europe et d’Asie qui doit durer quinze mois. Son objectif : aller à la rencontre de « témoins du climat », c'est-à-dire des femmes et des hommes qui étudient, anticipent, combattent… le réchauffement climatique. Benoît a donc quitté aujourd’hui Autun pour gagner Turin, point de départ de son périple.

 

 

De l’école primaire au lycée, plusieurs classes le suivront, par site internet interposé. Ces élèves devraient être émerveillés par la détermination et l’entrain de leur reporter climatique. Je peux témoigner que si beaucoup disent que le réchauffement climatique est un problème majeur pour notre planète et ses habitants, encore trop rares sont ceux qui le pensent aussi fortement et aussi sincèrement que lui.

Pour vous en convaincre allez faire un tour sur son site. Vous constaterez tout le travail déjà accompli. Des interviews réalisées en France sont déjà en ligne, je vous conseille celle d’Yves Richard, un passionnant professeur de l’université de Dijon qui évoque l’évolution du Climat en Bourgogne.

Bon voyage Benoît, salue de notre part les terriennes et terriens que tu rencontreras et qui veulent comme nous léguer aux générations qui les suivront une planète vivable et riche de diversités...

Lulu d'Autun, gardienne du Monde

Par ... :: lundi 24 décembre 2007 à 11:52 :: Autun et le Morvan
Lulu d'Autun, gardienne du Monde. Tel est le titre de l'article que Fabrice Nicolino a consacré à Lucienne Haese, présidente d'Autun Morvan Ecologie. Pour celles et ceux qui n'ont pas pu assister à la conférence qu'il a donnée à Autun début décembre, je précise que Fabrice Nicolino est un journaliste (Terre Sauvage, La Croix, Telerama, Canard Enchaîné, Géo...) et écrivain. J'ajoute que son blog, au titre utopique "Planète sans Visa" ouvre les yeux sur une planète passionnante.


Lucienne Haese, à droite de profil, devant un groupe de lycéens

Voilà l'article, dans son intégralité :

"Attention, l’amitié peut conduire à Autun (Saône-et-Loire). Celle que j’éprouve pour Lulu, Lucienne Haese, m’a mené là-bas, hier vendredi. Et le moins que je puisse dire, c’est que je n’étais pas dans une forme olympique. Mais bon, Lulu est Lulu.
Et comme elle m’avait invité à parler de mon livre sur les biocarburants, à la suite de l’Assemblée générale de son association, Autun-Morvan-Écologie, j’y suis allé, bien sûr. Je n’ai pas regretté une seconde, car la salle était davantage qu’intéressée par mon propos, amicale en outre, sympathique au possible. J’ai donc pu parler librement, sans détour, de la tragédie planétaire en cours, qui affame, ravage les forêts tropicales et détruit un peu plus le climat. Le maire d’Autun, le socialiste Rémy Rebeyrotte, était là, et m’a même acheté un livre. Le monde réel est plein de surprises. Thierry Grosjean, mon cher Thierry Grosjean, d’Ouroux, avait fait le déplacement. Ceux qui connaissent ce brave, que je n’avais pas vu depuis des années, comprendront.
Autun, donc, par le TGV Paris-Montchanin puis le bus jusqu’à Autun. Où Lulu m’attendait, à l’arrêt Lycée militaire. J’ai connu Lulu il y a quelque chose comme huit ans - je crois -, un jour que j’étais allé la trouver dans son local de la rue de l’Arquebuse. Elle est exceptionnelle. C’est une femme du peuple, aujourd’hui retraitée, qui a vaillamment conquis des responsabilités dans les entreprises qui l’ont employée. Elle a terminé sa carrière comme chef comptable dans une fabrique de parapluies familiale, aujourd’hui morte et enterrée sous les coups de la mondialisation. Et elle aime la forêt. Attention : d’un amour pur et violent, sans détour, évident, quoi !
Hier, elle m’a confié qu’elle devait ce grand défaut, qui est une immense qualité, à son père, qui l’emmenait, au temps de l’enfance, dans les forêts des environs, très tôt souvent. Écoutez-la, plutôt : « Un arbre, c’est comme un animal, c’est un être vivant. Un arbre, on peut l’entendre, car il parle. Vous êtes en forêt, tout est calme, et soudain l’un d’eux se met à parler, aidé parfois par le vent ». Telle est Lucienne, hélas sans son accent morvandiau.
Le soir venu, devant l’assemblée réunie, elle m’a fait un cadeau si fabuleux que l’émotion m’a saisi. Heureusement, je sais me tenir. Elle m’a en effet offert une part de forêt, la 1953 ème part de forêt morvandelle détenue par le Groupement forestier pour la sauvegarde des feuillus du Morvan. Me voilà propriétaire, théorique mais réel, d’un carré de 25 mètres sur 25, là-bas. J’en suis fier, j’en suis infiniment heureux.
Je vous dois une explication : Lucienne ne lâche jamais. Son combat principal consiste à dénoncer le massacre de cette forêt primordiale et mythologique qui a couvert pendant des millénaires sa région. Car le Morvan n’a longtemps été qu’une forêt, trouée de loin en loin pour les besoins humains. Une forêt de chênes et de hêtres, associée à quelques charmes, bouleaux ou châtaigniers, depuis quelques siècles pour ces derniers.
Mais tout a changé, comme partout. Pour la raison folle qu’il faut gagner de l’argent au plus vite - Take the money and run, Prends l’oseille et tire-toi -, des propriétaires forestiers ont commencé à remplacer les feuillus par des résineux. Dès après la Seconde guerre mondiale. Ce qui n’était qu’épiphénomène est devenu épidémie. Le Fonds forestier national (FFN) a massivement distribué des subventions publiques à qui plantait des pins Douglas, et la machine s’est emballée. En 1970, les résineux représentaient déjà 23 % du peuplement forestier du Morvan. Et 40 % en 1988. Et plus de 50 % aujourd’hui.
Des grandes compagnies bancaires ou d’assurance - Axa, les Caisses d’épargne - paient des gens pour répérer les ventes de forêts, ou pour les susciter. Ainsi sont apparues des propriétés de centaines d’hectares d’un tenant, sur lesquelles passent d’infernales machines à déraciner les arbres tout en les découpant. Table rase ! Coupe à blanc ! Lulu m’a montré des photos : je ne croyais pas cela possible en France. Une déroute écologique. Les résineux sont vendus en bloc, d’autres machines passent derrière et plantent des théories de nouveaux résineux, qui seront à leur tour broyés dans trente ou quarante ans. Ces monocultures sont des déserts biologiques. Et une insulte au beau, à l’histoire, à la culture profonde des Morvandiaux.

Coupe rase récente en Morvan
 
Lulu est restée debout, envers et contre tout, et tous. « Un jour, raconte-t-elle, j’ai pensé : “Mes cocos, vous allez voir de quel bois je me chauffe. Et j’ai commencé à apprendre ». Oui, Lulu a dû apprendre à parler la langue des seigneurs. Et ce fut dur. Car elle ne savait pas les codes. Car, dans les réunions, elle entendait des mots qu’elle ne comprenait pas. « Les premières fois, ajoute-t-elle, j’avais les mains paralysées. Mais j’ai pris de l’aplomb ». Tout Lulu est là.
Depuis, infatigable, elle traque députés et préfets, responsables en tous genres, qui la voient arriver de loin. Au cours des repas officiels où on l’invite parfois, c’est à peine si elle mange. Son obsession, c’est le dossier qu’elle a sous le bras, et qu’elle remettra, de gré ou de force, à l’Éminence du jour. D’où ce groupement forestier, dont je fais désormais partie.
En quelques années, Lulu et ses amis sont parvenus à racheter 100 hectares environ, les sauvant de la mort industrielle. Mieux : en s’associant avec le Conservatoire des sites naturels et la ville d’Autun - eh oui, hier soir, le maire n’était pas là par hasard -, la fine équipe a pu acquérir les 270 hectares de la somptueuse forêt de Montmain, au-dessus d’Autun. Dont des sources, un aqueduc, les restes d’une ancienne villa gallo-romaine. Où est la culture ? Qui sont les barbares ?
Je ne connais pas d’exemple, en France, de groupe qui se batte avec tant de vigueur pour nos forêts. Mais peut-être suis-je ignorant ? J’en serais ravi, en l’occurrence. Reste que Lulu, Autun-Morvan-Écologie, le Groupement forestier sont des exemples. De l’esprit de résistance, bien entendu, qui nous manque tant. Si vous avez des idées pour soutenir ces valeureux, debout ! Ils le méritent. Moi, je vais tenter ce que je peux pour faire connaître ce combat, pour qu’il devienne national, européen peut-être.
L’association de Lulu a un site sur le net (http://autun.morvan.ecolog.free.fr), et une adresse postale : Autun-Morvan-Écologie, BP 22, 71401 Autun Cedex. Mais je vous conseille de téléphoner, car avec un peu de chance, vous tomberez sur Lulu, directement : 03 85 86 26 02. Et si c’est le cas, je vous le demande, embrassez-la de ma part. Elle est irremplaçable."

Quand la justice déménage

Par ... :: dimanche 02 décembre 2007 à 18:02 :: Autun et le Morvan

Autun fait donc partie des quelque 200 villes qui vont voir leur tribunal d’instance fermer. On ne sait pas vraiment sur quelles bases les choix se sont faits, la Ministre n’ayant pas pu – lors de son tour de France mouvementé – évoquer la moindre étude ou audit pour étayer ses décisions.

Quoi qu’il en soit, le citoyen d’Anost devra rouler trois heures aller-retour pour une simple démarche au tribunal d’instance. Entre Nevers et Chalon-sur-Saône, vous traverserez sur 153 km et 2 h 45, un superbe désert judiciaire, qui sera sans doute bientôt aussi un désert humain, tandis que Chalon-sur-Saône et Mâcon, deux villes moyennes à 30 minutes l’une de l’autre, gardent chacune leurs tribunaux. Où réside l’intérêt lorsqu'on oblige les usagers à faire des centaines de kilomètres pour leurs démarches ? Où est l’intérêt d’agrandir des tribunaux là où les terrains sont les plus chers ? D'encombrer encore plus les tribunaux les plus chargés, en réduisant à néant la justice de proximité, là où elle fonctionnait le mieux ?

 

Cette réforme laisse un goût amer, car en réalité, ce sont bien les petites villes qui sont délibérément visées. Des petites ville qui sont victimes depuis des années du déménagement systématique des services de l’Etat, programmé par des technocrates penchés sur les chiffres et coupés des réalités de la province.

En quoi le modèle des petites villes gêne à ce point l’Etat ? Elles qui offraient pourtant des conditions idéales de développement humain et économique au meilleur coût : du foncier bon marché, une offre de santé et de services complète, des crèches sans ou à peu près sans liste d’attente, du logement social inoccupé, un échane économique avec tout un arrière-pays rural, etc.

Mais la vision de l’Etat se borne hélas à quelques grandes métropoles perdues dans un immense désert rural, dont on ne sait ce qu’il deviendra. Sans doute une alternance de céréales OGM et de forêts industrialisées à perte de vue, traversées par des autoroutes et des lignes TGV.

 

Ingres, Symphorien, Autun

Par ... :: vendredi 12 octobre 2007 à 21:26 :: Autun et le Morvan

Le tableau d’Ingres dans la cathédrale d’Autun passe souvent inaperçu, sur un mur peu éclairé de l’édifice.
La scène représente le martyre de Symphorien. Nous sommes en 179 ; cela ne nous rajeunit pas. Entre cultes romains et foi chrétienne, les Autunois ne se sont pas encore fait une religion. Dans la toute récente Augustodunum, se côtoient des gens d’origine et de culture très variées. L’auréole étant à l’époque un attribut héréditaire, Saint-Symphorien est le fils de Saint-Fauste et de Sainte-Angusta. Cette famille fait partie de la toute petite minorité chrétienne de la ville. Alors que l’on fête dans les rues la déesse Cybèle, Symphorien – emporté par la fougue de ses vingt ans – se fait remarquer bruyamment. Et il se trouve que les adeptes du culte de Cybèle, promettant eux aussi le salut après la mort, n’apprécient qu’assez peu la concurrence. N'ont-ils pas très récemment torturé à Lyon et à mort la jeune Blandine et le vieux Pothin ? Toujours est-il que pour les vauriens ennemis de Symphorien, la foi du saint ne vaut rien ! Conduit au supplice, sa mère, du haut des remparts, lui aurait crié, entre autres : « aujourd’hui, ta vie n’est pas détruite, elle est changée en une vie meilleure » ; avant que l’implacable glaive ne fasse taire définitivement le jeune rebelle.

 

         

Voici brossé le tableau. Celui d’Ingres, accroché dans la cathédrale d’Autun, mesure très exactement 4,07 m sur 3,39 m ; soit plus que les superbes panneaux publicitaires qui embellissent nos entrées de ville… Sa taille l'empêcha d’ailleurs d'être retenu dans le cadre de la grande exposition que le Louvres a consacré à Ingres en 2006. C’est pourtant une des œuvres majeures de Jean Auguste Dominique Ingres, connu aussi pour son fameux violon. Le peintre consacra plus de dix ans à ce projet, multipliant les croquis, venant à Autun étudier l’architecture locale… Aussi, lorsque son tableau, exposé en 1834, fut étrillé par la critique, il quitta la France avec fracas pour l’Italie et un exil de six années. Le Symphorien d’Ingres est alors peu à peu tombé dans un certain oubli, comme le mot de Théophile Gauthier à son propos : "c'est la plus belle fresque qu'il soit possible de voir".

Ô Folin

Par ... :: vendredi 05 octobre 2007 à 22:19 :: Autun et le Morvan

Pour les plus jeunes, le Haut-Folin, point culminant du Morvan (901 mètres), n’est qu’un massif résineux traversé de quelques pistes de ski de fond. Très beau, mais seulement pour les amateurs de nature sauvage et secrète. Les plus anciens se souviennent pourtant de la station de ski du Morvan !  Les petits Autunois, qui n’avaient pas les moyens de partir en vacances d’hiver dans les Alpes,  louaient chaussures et skis à La Hutte, rue aux Cordiers, avant de partir se défouler au Folin : luge, ski, batailles de boules de neige… La remontée mécanique avait souffert et le terrain manquait quelque peu d’entretien. Si bien qu’une mauvaise langue prétend sur le net que pour skier , il fallait « plus d'un mètre de neige et monter un taille haie à l'avant des spatules ».  

 

 

Tous n’ont pas vécu cette expérience sportive, mais tous se rappellent du chalet, petit lieu qui réchauffait les corps et les âmes l’hiver, qui offrait des crêpes aux myrtilles...

 

 

Il y a 10 ou 15 ans, le chalet a pris feu. Ceux qui connaissent les lieux – un peu « isolés », dirons-nous – imaginent sans peine la suite. Lorsque les pompiers sont arrivés, il ne devait plus rester grand-chose... Le chalet  a été rasé, le remonte-pente démonté, la forêt a totalement repris ses droits. Et si une odeur de chocolat chaud ou de crêpe plane encore sur les pentes brouillardeuses du Folin, il ne s’agit plus que des fantômes de nos escapades enfantines.  

 

 

Tour du Monde et de son climat

Par ... :: lundi 01 octobre 2007 à 17:24 :: Autun et le Morvan

Benoît Kubiak, un Autunois, prépare un périple qui le verra traverser une bonne partie de l’Europe et de l’Asie. Son projet consiste à multiplier les rencontres autour d’un thème : le réchauffement climatique. Tout le monde en a plus ou moins entendu parler, mais beaucoup semblent vouloir ignorer que poignent à l’horizon des remises en question radicales de notre façon de vivre. Benoît va aller enquêter dans les pays qu’il traversera : les gens ont-ils pris conscience du phénomène ? Les responsables s’y préparent-ils ? Quelles sont les actions envisagées pour y faire face ?

 

 

Il part seul, mais ils seront finalement beaucoup à voyager avec lui. Trente blogs, dont celui que vous lisez actuellement, le soutiennent déjà. De nombreuses associations et des citoyens lui apportent une aide technique ou financière. Enfin, il restera en contact – tout au long de son voyage – avec la Toile et plus particulièrement avec des élèves d’écoles, collèges et lycées qui suivront ainsi pas à pas leur « reporter climatique ». Allez faire un tour sur le site Avenir Climat, un lieu d’échange pour tous ceux que le réchauffement climatique préoccupe. Départ d'Autun prévu en janvier. A suivre !

Copyright © 2006 Blog d'automne - Blog créé avec ZeBlog.com