Quasi-terroristes sans frontières

Par ... :: vendredi 29 août 2008 à 23:02 :: politique

Le réseau Education Sans Frontières, RESF pour les intimes, est – comme son nom l’indique – un réseau. Constitué d’enseignants, de parents, de citoyens, qui se retrouvent confrontés au problème des sans-papiers lorsque leurs voisins, leurs élèves, le copain ou la copine de leurs enfants se retrouvent du jour au lendemain inquiétés, enfermés, expulsés… Cela parce qu'ils ne sont pas en possession du bon titre de séjour. Ce réseau fonctionne avec les moyens du bord : tract, photocopies, affichettes, bénévolat, internet, présence devant les centres de rétention, dans les aéroports…

On se doutait que RESF gênait le gouvernement. Depuis que les nerfs du ministre Hortefeux ont lâché - voir plus loin - on sait maintenant que RESF gêne beaucoup le gouvernement.

Sur la forme d’abord, car un réseau, c’est insaisissable, c’est mouvant, c’est difficile à cerner. Ce n’est pas une bonne vieille association, avec un président à sa tête. Un président que l’on envoie siéger dans moult comités bidules ou conseils consultatifs, un président qui finit par aimer ça et ne plus représenter que lui-même. Un président à qui l’on donne une médaille et que l’on empaille définitivement en le nommant au conseil économique et social… Non, un réseau, c’est terriblement déstabilisant pour l’institution…

Lorsque ce réseau utilise la non-violence pour affirmer qu’aucun être humain n’est illégal, que les expulsions sont des actes politiciens, violents, injustes… cela devient insupportable.

Insupportable lorsque l’on dirige l’armée, la police, que l’on pense contrôler les médias…

 Et les nerfs craquent… David Weiss, délégué national des jeunes UMP, sur Europe 1 : « RESF, sincèrement, c’est un mouvement quasi-terroriste. Ils sont là pour faire des coups de pub, qui poussent les gens à foutre le feu un peu partout. On sait ce qui s’est passé quand il y avait eu l’interpellation à Belleville du Chinois en situation irrégulière. C’est ce type de personnes là, et franchement je n’ai aucune estime pour ce type de personne ». RESF responsable de la mort de cette chinoise, des propos ignobles, mais finalement dans la lignée de l’estime que Sarkozy porte lui-même  à ce réseau (interview 24/07/2006) : « Je ne céderai pas à cet extrémisme de gauche. Pendant des années ces belles âmes ont empêché la France de débattre des questions d'immigration. Résultat : une extrême droite à un niveau inégalé en Europe. Beau travail ! ».

Et c’était donc avant que Brice Hortefeux ne les traite de « groupuscules d’extrême-gauche », les menace de poursuites judiciaires et interdise de manifestation les défenseurs des sans-papiers.

 

Alors, pourquoi un tel acharnement contre le réseau ? Il faut dire, Monsieur Hortefeux, que ce « collectif » ne mâche pas ses mots lorsqu’il vous écrit. Pour preuve, la lettre que vous avez reçue le 16 juin dernier et dont voici quelques extraits :

« Monsieur le ministre,

(…) Vous avez fait voter une loi destinée à empêcher les parents et les enfants de vivre ensemble et jetant l’opprobre sur une immigration dont votre texte insinue, par son existence même, qu’elle serait trop prolifique et aux filiations si douteuses qu’il faudrait recourir aux tests ADN pour les établir – pratique jusqu’alors réservée aux affaires criminelles. Vous avez assigné à vos services l’objectif de 25 000 expulsions en 2007, 26 000 en 2008, 28 000 en 2009, précisant à l’unité près, les quotas dus par chaque préfecture, comme s’il s’agissait de fret. Que n’exprimez-vous vos objectifs en têtes ou en quintaux ?

 

 

 Une expulsion est un cataclysme. C’est tout à la fois une arrestation inopinée, un emprisonnement, la privation de son logement, un licenciement minute, la spoliation de la totalité de ses biens, parfois la séparation brutale d’avec son conjoint et ses enfants, la dislocation de tout lien avec son milieu et ses amis et une reconduite contrainte, éventuellement assortie de violences. C’est une humiliation totale dont on ne se remet pas. Le pays dans lequel on avait placé son espoir d’une existence nouvelle, qu’on avait parfois bataillé des années pour rejoindre, vous rejette, vous expulse et vous dépose comme un déchet, sans bagage, sur un tarmac où personne ne vous attend. Même quand les expulsés ont des proches au pays, il arrive que la honte les empêche de les rejoindre : celui qui faisait vivre toute une famille est devenu une charge. Nombre d’expulsés finissent désespérés, désocialisés, à la rue, mendiants, fous ou suicidés.

Ces ravages ne sont ni des accidents, ni des faux frais de votre politique. Ils sont son essence même. (…)"

Que ces propos sont déplaisants. quasi-terroristes !

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