La soif du gain...

Par ... :: mercredi 09 juillet 2008 à 16:16 :: Général

"Je donnerai mes soins à l’indigent et à quiconque me le demandera. Je ne me laisserai pas influencer par la soif du gain..."

C’est beau comme le serment de l’ordre français des médecins, inspiré du célèbre serment d’Hippocrate.

 

Côté pile de la profession : je peux témoigner que des médecins n’hésitent pas à recevoir des personnes dépourvues de toute couverture sociale (ils sont des centaines de milliers dans ce cas) sans les faire payer et en leur fournissant même gratuitement des médicaments.

 

Côté face :  et la soif du gain ?

Depuis ces vingt-cinq dernières années, on ne peut pas dire que les médecins aient été particulièrement maltraités. Tandis que les généralistes n'étaient plus dérangés la nuit ou les week-ends, et que les nouveaux médecins s’entassaient au soleil et dans les grandes villes, leurs honoraires n’ont cessé d’être réévalués. Pour un généraliste, un peu moins de 6 euros la consultation en 1980, 22 euros aujourd’hui et sans doute bientôt 23 euros. Au final, un pouvoir d’achat en hausse, en moyenne, de 45% quand celui des enseignants, par exemple, chutait  dans le même temps de 25%.

Jusque là, cela traduit un choix politique de tous nos derniers gouvernements : valoriser les médecins libéraux, paupériser les fonctionnaires… Pourquoi pas… La santé n’a pas de prix.

 

 

Mais visiblement, tout cela n’était pas suffisant pour les principaux intéressés (à tous les sens du terme). Petite plongée maintenant dans les abysses des dépassements d’honoraires, eaux sombres desquelles on n’atteint visiblement jamais le fond.

Pour rappel, les médecins doivent choisir entre deux régimes principaux. Ceux qui choisissent le secteur 1 appliquent les tarifs réglementaires. Ceux qui choisissent le secteur 2 – s’estimant sans doute plus compétents que leurs collègues - peuvent appliquer des dépassements, qui ne sont pas remboursés par la sécurité sociale.

Aucune indication sur les plaques des médecins, mais il est possible depuis peu de savoir s’ils sont en secteur 1 ou 2 en consultant le site ameli.fr. Quant à pouvoir consulter leurs tarifs en ligne, les clients – pardon – les patients doivent encore… patienter. Cela tombe bien car "payer et patienter" sont désormais les deux principaux rôles qui leur sont assignés.

 

Autant vous le dire, si vous cherchez un gynécologue ou un ophtalmologiste en secteur 1 dans une grande ville, vous pourrez vous lever tôt et réserver longtemps à l’avance. De même, il arrive bien souvent dans un hôpital ou une clinique, et même dans un département tout entier, qu’aucun chirurgien n’exerce en secteur 1. Plus de la moitié des femmes qui accouchent doivent payer un dépassement, alors que les soins liés à la grossesse et à la maternité sont théoriquement remboursés à 100%.  

 

Situation d’autant plus scandaleuse que les plus précaires – chômeurs, intérimaires, retraités… - doivent payer un prix fou s’ils veulent décrocher une mutuelle qui couvre au moins en partie ces dépassements. Bref, l’accès pour tous aux soins est bien mort dans la France de 2008...

 

Les dépassements, qui ne sont pas plafonnés, ne cessent d’augmenter. A Paris, les neurochirurgiens du secteur 2 demandent en moyenne trois fois le prix du secteur 1 ; les chirurgiens, ophtalmologues, gynécologues ou dermatologues environ deux fois le prix. A ce barème, les dépassements – qui ont doublé en quinze ans - ont fait exploser les revenus de ces professionnels de santé. A titre indicatif, les seuls dépassements peuvent  représenter un complément de revenu de 6.000 euros par mois pour un anesthésiste ou un chirurgien.  En fait, un spécialiste isolé dans un vaste secteur rural peut ressembler de loin à une poule aux œufs d’or. Est-ce un hasard si les ophtalmologues de Corrèze pratiquent un dépassement moyen de 100 euros ? La pratique du dépassement rapporte ainsi à un stomatologue lorrain un modeste revenu complémentaire de l’ordre de 24.000 euros par mois. Il doit être talentueux, cet homme !

 

Et comme les Caisses Maladie et l’Etat ferment les yeux avec beaucoup d’application, les médecins du secteur 1 se mettent eux aussi à pratiquer des dépassements, bien au-delà de ce que les conventions qu’ils ont signées ne leur permettent. Ainsi, la caisse primaire d’assurance maladie de Saône-et-Loire déplore que « 71,5% des dépassements pratiqués par les médecins du secteur 1 ne sont pas autorisés ». Dans la Drôme, 96% des généralistes facturent des dépassements d’honoraires non autorisés.

 

Si l’on n’était pas en France, mais dans un pays "pauvre", on parlerait sûrement de bakchich…

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