FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
Kokopelli ? Kokoqu’est-ce donc ?
Pour ceux qui, comme moi, ont parfois jardiné dans leur vie, c’est d’abord un gros catalogue blanc, cartonné. Sous la forme d’un beau livre, des centaines de pages de graines de variétés rares et anciennes, avec des photographies multicolores. Des centaines de tomates différentes, par exemple. Des précoces et des tardives, des blanches, des noires, des violettes, de toutes les formes. Le rêve du jardinier à portée de main !

A l’origine de ce trésor, une association qui, minutieusement et en lien avec des jardiniers du monde entier, entretient ce vivier de semences anciennes.
Cela aurait pu rester une belle initiative sympathique, mais certains en veulent à cette association depuis des années. A notre époque, où tout doit être marchandise, cet échange de graines rares a fini par agacer quelques grands groupes industriels, vendeurs de semences plus classiques. Pour faire rendre les armes à ces dangereux utopistes, ils s’appuient tout bêtement sur une disposition légale qui leur va si bien : toute graine commercialisée doit être inscrite sur un catalogue européen. Et pour l’inscrire, il faut payer une redevance salée.
Quand on est une petite association qui propose 1200 variétés de graines différentes, c’est bien sûr mission impossible. Mais quand on s’appelle Baumaux, que l’on fait un chiffres d’affaires de 8 millions d’euros et un bénéfice de 850.000 euros, cela ne pose pas trop de problème. Le tour est joué, voilà comment
Je viens de citer la société Baumaux car elle a directement attaqué l’association Kokopelli. Et comme l’appel au boycott est interdit en France, vous évoquerez cette marque auprès de tous vos amis dans les termes qu’il vous plaira d’adopter. Loin de moi l'idée de vous influencer en la matière.
Le 29 janvier dernier, l’association Kokopelli a été lourdement condamnée : elle doit verser 12.000 € au grainetier Baumaux, et 23.000 € à l’Etat et à la fédération des industriels de la semence (FNPSPF).
Kokopelli n’est pas une association comme les autres. D’abord parce qu'elle n'a pas - à ma connaissance - d’équivalent. Ensuite parce que sa lutte actuelle nous enseigne beaucoup de choses. Que le commerce ne doit pas tout régir dans nos vies. Qu’il faut préserver des espaces non marchands et que l’échange (de connaissances, de savoir-faire, de produits, d’idées et de graines aussi…) peut aussi être désintéressé. Qu’il faut sauvegarder concrètement la diversité des semences. Qu’il faut respecter enfin le long travail de sélection opéré par les générations de paysans qui sont nos ancêtres.
Alors, le printemps approche. Achetons des graines variées, originales, et mêmes difformes. Et que nos jardins devenus des arc en ciel de biodiversité, multicolores et tournés vers le ciel, fassent la nique à ceux qui rêvent de repeindre le monde entier à leur couleur, le pâle reflet de l'argent !
P.S. uniquement pour celles et ceux du pays : la maison du développement durable, rue Guérin à Autun, lance pour ses adhérents une commande groupée de graines kokopelli, spécialement sélectionnées pour leur compatibilité avec le doux climat morvandiau. Commande avant le 28 février – Retrait des graines à partir du 18 mars.