Benali Sahnoune, sans-papier sans histoire

Par ... :: mercredi 12 décembre 2007 à 16:55 :: politique
Dans l’imaginaire collectif français, alimenté par moult reportages télévisuels édifiants, le sans-papier est devenu bien souvent un africain débarqué clandestinement sur les côtes françaises, qui se terre chez des marchands de sommeil, vit de petits boulots au noir et est plus ou moins une charge pour la société. L’image est habilement entretenue par certains élus, qui justifient ainsi leurs politiques d’expulsion face à une opinion peu au fait de la réalité.
Laquelle réalité est souvent bien différente, avec des sans-papiers qui vivent souvent depuis des années en France, y travaillent, y vivent en famille et y ont bâti tout leur réseau de sociabilité. Ils ont seulement échoué à obtenir leurs papiers, victimes de pièces manquantes, d’une vision trop restrictive du droit d’asile, de lois de plus en plus dures, en changement perpétuel et à géométries variables d’une préfecture à l’autre.
Et lorsque des objectifs chiffrés d’expulsion sont fixés, et que les Préfets mauvais élèves sont convoqués au ministère, ce sont les personnes les plus connues, ou celles qui ont déposé des demandes de régularisation qui sont les premières victimes de l’administration.

Souvent, lorsque le sans-papier quitte son image impersonnelle et son étiquette, il devient sympathique et son expulsion entraîne une vague de soutien. C’est ce qui vient d’arriver à Chalon-sur-Saône. La police n’a pas eu beaucoup de mal à arrêter Benali Sahnoune, un algérien de 40 ans. Titulaire d’un CDI dans une exploitation viticole de la Côte Chalonnaise, payant ses impôts et ses cotisations, M. Sahnoune n’était finalement pas très clandestin. Son employeur le considère comme « un travailleur sérieux, compétent et très gentil ». Mais la police a des objectifs et pour les atteindre, elle n’avait qu’à attendre M. Sahnoune le matin, sur la route reliant son domicile à son travail, pour l’arrêter, le menotter et l’envoyer en centre de rétention à Lyon, avant de l’expulser de France, le séparant ainsi de ses collègues, de ses amis, de ses parents et de ses sœurs qui sont elles françaises… Traduction concrète et hélas ordinaire du programme administratif et comptable des expulsions.



Les articles consacrés à Monsieur Sahonoune par le Journal de Saône-et-Loire ont entraîne une flopée de réactions de lecteurs allant toutes dans le sens de la solidarité :
« Employé chez Mr Millet depuis 20 ans, Rendez moi mon collègue de travail Benali » . Jean-Jacques
« Il est inadmissible d'expulser un homme intégré, sans histoire, qui a un travail et n'est donc pas à la charge de l'état!! Si sa vie est en danger dan son pays, il est de notre devoir de le régulariser!! On marche sur la tête...( …) Courage à Monsieur Sahnoune et à sa famille... » - Karine
« Ce type de 40 ans qui travaille, qui a la totalité de sa famille proche en France devrait rentrer dans le cadre de dispositions spéciales et être un exemple pour les jeunes. C'est inadmissible de toujours prendre la loi au pied de la lettre.... » Ray.
Lueur d’espoir pour l’avenir : quand le sans-papier est démystifié et dépolitisé, la solidarité revoit le jour.

Je finis mon billet en reprenant les mots que Virginie Schickel, de RESF Marseille a consacrés à la famille Tastan, victime d’un harcèlement sans borne (à lire ici)
« Il faut réagir. Le pire qui pourrait advenir serait que l’opinion s’habitue. Que les rédactions des médias se vaccinent : encore un sans-papiers qui passe par la fenêtre, encore un enfant rendu orphelin, un nourrisson en garde à vue, une famille éclatée, un père expulsé en laissant cinq enfants en France, pourquoi en parler, c’est tous les jours… Eh bien, oui, c’est justement parce que c’est tous les jours qu’il faut en parler. Et beaucoup. Et ne pas laisser faire »

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