FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
On ne peut l’ignorer : le président de la république a fixé un objectif en matière d’expulsion de sans-papiers : 25.000 en 2007. Pourquoi 25.000 ? Personne ne le sait. On croit savoir que l’on est loin de l’objectif, au point que des préfets qui n’avaient pas d'assez "bons" chiffres ont subi une convocation humiliante au ministère de Brice Hortefeux.
Quoi qu’il en soit, la vie devient épouvantable pour ceux qui vivent en France – parfois depuis leur enfance – et n’ont pas les précieux papiers. Le harcèlement gagne des niveaux jamais atteints dans le passé. Des rafles sont organisées dans des quartiers où la police soupçonne une forte présence de sans-papiers. La chasse au faciès bat son plein. A titre d’exemple, reportez-vous à ce court reportage vidéo à Belleville. Edifiant.
Les policiers se présentent au domicile des sans-papiers, avec les dramatiques conséquences que l’on connaît. Des convocations en préfecture, pour «réexamen » de leur situation sont en fait des pièges pour arrêter des sans-papiers et les mener en centres de rétention. Parlons donc de ces centres, qui voient passer ces familles choquées par leur arrestation. Jour après jour, les nouvelles marquent une nouvelle descente dans le domaine de l'ignoble. Un nourrisson de trois semaines, arrêté avec ses parents moldaves sans papiers, est détenu au centre de rétention de Rennes. Une femme enceinte est enfermée au centre de rétention de Toulouse avec son bébé de 15 mois ; elle fait une fausse couche et perd ses jumeaux.

Depuis le début de cette politique de quotas d'expulsion, des policiers et gendarmes ont réagi. Ils n'ont pas tous choisi ce métier pour traquer et embarquer des enfants au petit matin. Peut-être faut-il en voir une démonstration en filigrane d'une note récente de Guy Parayre, directeur de la gendarmerie. Il propose ni plus ni moins de créer dans chaque département une cellule spécialisée de lutte contre les étrangers sans-papiers, avec des effectifs « ayant une motivation dans ce domaine ». Des cellules constituées de gendarmes motivés par l’arrestation de familles étrangères au petit matin ? Motivés pour conduire des enfants et leurs parents derrière les barreaux des centres de rétention ? L’évolution de ce dossier me fait inévitablement penser au sermon prononcé par le pasteur Martin Niemöller après sa sortie de camp de conventration.
"Quand ils sont venus chercher les communistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
Je n’ai rien dit,
Je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
Je n’ai pas protesté,
Je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait personne pour protester.»
Quand ces gendarmes motivés n’auront pas d’étrangers à arrêter, quand ils n'auront pas à arrêter des citoyens ayant défendu ces mêmes étrangers (comme Florimond Guimard), à qui vont-ils s'en prendre ? Où s’arrêtera leur « motivation » ? Il est urgent de résister.