FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
Nous avons presque tous, je crois, des instituteurs ou des professeurs qui nous ont marqués, ont élargi nos horizons d’enfance ou d’adolescence, ont constitué une référence pour la vie. En général, ils se comptent sur les doigts d’une seule main, mais ils ont trouvé le mots justes ou les attitudes au moment où il le fallait, parfois sans même s’en rendre compte. Magie de l’enseignement que ces quelques instants qui fondent un futur. Les enfants de familles modestes sont les plus reconnaissants envers les enseignants qui ont cru en eux et qui n’ont pas vu en premier leur origine sociale. Lorsque Albert Camus reçoit le prix Nobel pour son œuvre, sa première pensée va à Louis Germain, l’instituteur d’Alger qui lui a permis d’obtenir une bourse et d’entrer au lycée. Louis Germain écrira à Camus : « Je crois, durant toute ma carrière, avoir respecté ce qu’il y a de plus sacré dans l’enfant : le droit de chercher sa vérité. Je vous ai tous aimés et je crois avoir fait tout mon possible pour ne pas manifester mes idées et peser sur votre intelligence ».

Alors que le corps enseignant essuie régulièrement la critique de démagogues imbéciles, je ne pense pas que cette chaîne du transfert des savoirs - savoir faire, savoir vivre, savoir être… - ne se soit jamais brisée. Ainsi, en 1996, Maria Ribeiro écrit à Mademoiselle Roitel, son institutrice de Crépy en Valois durant l’année 1970. "Moi, j’étais la petite portugaise, l’immigrée parlant mal le français ; étrangère au cœur à vif, à la rage au ventre. J’étais celle que les enfants rejetaient dans la cour de récréation, celle dont l’accent faisait rire. La sauvageonne qui se battait corps et âme et ne pleurait « surtout pas » devant les autres. Pourtant, lentement, jour après jour, vous m’avez apprivoisée. Des petits riens ont tout changé. (…) Et surtout votre regard, ce regard positif que vous avez su porter sur moi. Un regard qui m’a insufflé la confiance qui me manquait. Un regard qui savait si bien dire : Vas-y, tu peux ! Vas-y, tu vas y arriver ! Grâce à vous, tout devenait possible et ma révolte a trouvé son chemin : les livres et le savoir. A la fin du CM2, je savais déjà quel serait mon métier : institutrice. J’ai grandi, mon choix n’a pas varié. Depuis presque vingt ans, j’enseigne à mon tour…" . Gageons que si chaque enfant connaissait la grâce d’une telle rencontre, la planète tournerait plus rond…