FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
Mélanie Rasoanasolo est une jeune Malgache de trente ans, mère d’une petite fille de trois ans née en France. On ne parlerait pas d’elle aujourd’hui si elle n’avait pas fait pas partie des 25.000... le nombre d’expulsions exigé par le ministre de l’intérieur pour l'année 2006. L’histoire de Mélanie est donc à multiplier par 25.000 pour avoir une idée de la réalité de la France d’aujourd’hui.
Mélanie est arrêtée à Charleville-Mézières par la police de l’air et des frontières. L’histoire ne dit pas pourquoi les soupçons se sont portés sur elle, les contrôles au faciès étant évidemment un pur fantasme de droits-de-l’hommistes (c’est ce doux nom que le ministre utilise régulièrement pour parler de ses opposants).

Etant sans-papiers, comme 400.000 autres habitants de notre pays, elle est envoyée en centre de rétention. La préfète des Ardennes – Catherine Delmas-Comolli, diplômée de l’ENA promotion « Droits de l’Homme » ! - émet contre elle un arrêté de reconduite à la frontière. Son passage au tribunal est une parodie de justice, comme souvent lorsqu’il s’agit d’étrangers. La Préfecture n’envoie pas de représentant. L’avocat commis d’office n’ouvre pas la bouche, ne présente aucun des documents que le comité de soutien lui a remis ; Mélanie a du se défendre seule sous l’œil goguenard d’une magistrate qui tournait en dérision ses arguments.
Le 25 décembre, la petite Winnie, trois ans et demie, passe un premier Noël sans sa maman, toujours enfermée en centre de rétention. Le 26 décembre, Mélanie est conduite à Roissy et embarquée de force dans un avion pour Madagascar. Elle laisse derrière elle la France, pays pour lequel elle n’aura vraisemblablement plus jamais de visa. Elle laisse surtout à Paris sa petite Winnie, trois ans et demie, scolarisée dans une école du 18ème arrondissement, sous la garde de son père, mais devenue de fait orpheline de mère.
J’ai moi aussi eu du mal à le croire, mais c’est bien ce qu’ils ont fait : expulser une maman en la séparant de sa petite fille née en France. Qu’on ne nous parle pas de droits fondamentaux ou de droits de l’enfant après cela…
Le ministre, la préfète, la magistrate et tous les fonctionnaires de l’ombre qui ont contribué à cette expulsion ont-ils des enfants pour avoir permis une telle infâmie le lendemain de Noël ? Voilà à quoi mènent des quotas, aussi technocratiques qu’électoralistes et inhumains. Nous aussi, citoyennes et citoyens, fixons-nous des objectifs chiffrés : 0% de gouvernants imbus d’eux-mêmes et dénués d’humanité ; 100% de Préfets prêts à perdre leur place pour sauver l’honneur d’un pays, 100% de juges qui sont aussi des justes et qui placent l’enfant au centre de leurs décisions…