FACIT INDIGNATIO VERSUM
Ma libre expression, sans ordre, sans logique, comme elle vient...
Comme La Poste, comme EDF, comme tout... le père Noël vient d’être privatisé. Les grands élus et institutionnels en ont décidé ainsi. Les grands groupes les ont remerciés très chaleureusement lors des cérémonies mondaines qui ne manquent pas d’égayer la fin d’année. Voilà enfin un bon point pour la-croissance-et-donc-pour-l’emploi.
Pour le Père Noël c’est un peu dur, car il perd son emploi, remplacé par une série de clones délocalisés sur toute la planète. « Ils veulent toujours repousser l’âge de la retraite ; mais ils virent les vieux qui travaillent encore », maugrée-t-il, errant désoeuvré dans sa forêt boréale…
Mais avouez qu’il est plus rationnel de financer une myriade de contrats de 2 jours plutôt qu’un salaire à plein temps, et pour l’éternité… Et grâce au statut des intermittents du spectacle, tout devenait plus facile.

Quelques désagréments pour un vieil homme, mais pour notre société, quel progrès ! Bien sûr, le service sera un tout petit peu revu à la baisse. Seuls les habitants des grandes agglomérations recevront désormais des cadeaux. Les autres peuvent toujours déménager s’ils souhaitent continuer à bénéficier du service, ou encore de faire des cadeaux entre eux (c’est encore autorisé jusqu’à fin 2009).
La distribution est aussi étalée : les enfants de riches continueront à recevoir la visite du Père Noël dans la nuit du 24 au 25 décembre ; pour les autres, ce sera entre le 26 décembre et fin janvier. L’essentiel n’est-il pas de recevoir un cadeau ? Les familles devront aussi étudier attentivement les tarifs des 27 sociétés de Père Noël créées suite à cette privatisation. Car, en effet, le déplacement du Père Noël n’est plus gratuit ; et il faut de plus faire attention aux contrats car certaines compagnies – comme la Lyonnaise des Cadeaux ou encore Noelia, ne distribuent que les cadeaux d’une valeur de plus de 100 euros, et encore uniquement achetés auprès de leurs partenaires commerciaux…
Mais le très très grand progrès, que dis-je, le pas décisif franchi par l’humanité vers la modernité radieuse, c’est désormais que tous les parents peuvent devenir actionnaires du Père Noël. En achetant une action à 375 euros de la Lyonnaise des Cadeaux, ils disposeront d’une voix sur 1 million lors des assemblées générales. Les mauvais coucheurs – qui refusent les privatisations (oui, il en reste quelques uns, même si leurs journaux ont peu à peu été éliminés) - pourront de cette façon jouer un rôle déterminant pour rendre plus sociale – comme ils le disent – la tournée du Père Noël.