PEFC, FNE... dans le Morvan et dans le Monde...

Par ... :: dimanche 08 mars 2009 à 15:00 :: Autun et le Morvan

Bonjour.

 

Je relaie intégralement les deux longs articles consacrés par Fabrice Nicolino au scandale du PEFC, "label" de certification du bois (trop) soutenu par France Nature Environnement. Très instructif... Le blog d'où sont tirés ces articles, Planète sans visa, figure dans mes liens.

 

 À propos de la forêt en France

La forêt. Les arbres et leur puissance m’envoûtent. Et la vie qui s’y trouve. On comprendra mieux de la sorte les raisons de ma colère contre ceux qui pactisent. Contre ceux qui avalisent. Contre ceux qui labellisent. Un avertissement : ce texte sur l’écolabel forestier dit PEFC (Pan European Forest Certification) est long, et ressemble à un sentier dans une vraie forêt naturelle. J’espère que vous ne vous perdrez pas en route. Le pire, sachez-le en tout cas, est à la fin. La fin de la deuxième partie. Car il y a deux parties, oui. La France d’abord, le monde ensuite.

Et je commence. Moi, je suis fier d’être l’ami de Lucienne Haese, ma chère Lulu d’Autun. J’ai déjà parlé de cette femme d’exception (ici), qui défend les forêts, les vraies forêts du Morvan avec une vaillance qu’on n’imagine pas. Dans cette partie de la Bourgogne, les arbres feuillus qui sont l’âme morvandelle s’effacent devant les plantations. Des plantations de sapins de Douglas, essentiellement, bien que le nom de sapin soit impropre. C’est un conifère d’Amérique du Nord, introduit en France en 1842, et qui pousse vite, très vite, au-delà de 50 mètres de hauteur.

Cet arbre devait fatalement devenir un instrument du productivisme, et cela n’a pas manqué. Dans le Morvan,  les résineux représentaient déjà 23 % du peuplement forestier en 1970, à la suite de subventions massives. Et 40 % en 1988. Et plus de 50 % aujourd’hui. Au détriment de la chênaie-hêtraie, pardi. Pardonnez-moi de me citer : « Des grandes compagnies bancaires ou d’assurance - Axa, les Caisses d’épargne - paient des gens pour repérer les ventes de forêts, ou pour les susciter. Ainsi sont apparues des propriétés de centaines d’hectares d’un tenant, sur lesquelles passent d’infernales machines à déraciner les arbres tout en les découpant. Table rase ! Coupe à blanc ! Lulu m’a montré des photos : je ne croyais pas cela possible en France. Une déroute écologique ».

Et pourtant, la Bourgogne est considérée par les gens du label PEFC comme exemplaire. Je les cite : « La Bourgogne a été la première région française à être certifiée pour la qualité de sa politique forestière de gestion durable selon le référentiel PEFC ». Bien entendu, à l’exception d’une poignée de spécialistes, personne ne sait ce que signifie PEFC. Mais je vais vous l’expliquer en détail, faute de quoi rien ne sera compréhensible.

PEFC veut donc dire à l’origine Pan European Forest Certification, c’est-à-dire Certification forestière pan-européenne.Il s’agit d’un label commercial imaginé en 1999 par les industriels du bois de six pays : l’Allemagne, la France, l’Autriche, la Norvège, la Suède et la Finlande. Il n’y a aucun mystère. Ces industriels, sentant le vent tourner et les esprits changer, ont réfléchi à la manière de changer l’image de marque de leurs produits. Et inventé un label « durable » systématiquement associé au bois qu’ils vendent. C’est de bonne guerre, c’est pure routine commerciale.

Mais que veut dire au juste ce label ? Comme on a vu, il permet d’assurer que les plantations de Douglas, malgré la dévastation, sont exploitées de manière « durable ». Dans la « forêt » des Landes, qui vient d’être fauchée par la tempête, c’est exactement la même chose. Avant la catastrophe, cette « forêt » s’étendait sur un million d’hectares, dont 90 % plantés en pins maritimes. Soit une gigantesque monoculture qui est à l’opposé de ce que l’écologie la plus élémentaire appelle une forêt. Sur le plan biologique, ce territoire se rapproche davantage du désert.

Et ? Et le « patron » local du label PEFC s’appelle Guillaume Grigaut, responsable du Comité interprofessionnel des bois d’Aquitaine (Ciba). Ce Ciba regroupe on s’en doute l’industrie. Et son but est de produire du bois aussi vite qu’il est possible, et au plus bas coût possible. Évidemment. Jetez donc un œil à cette présentation de la forêt par la Chambre d’agriculture des Landes. C’est saisissant (ici) ! Deux extraits. Le premier : « La productivité de cette forêt a fortement augmenté pour atteindre aujourd’hui 12 m3 par ha et par an contre 4 à 5 m3 il y a 25 ans. Cette évolution s’explique par le passage d’une forêt destinée au gemmage (récolte de la résine) à un peuplement pour l’industrie du bois . L’amélioration génétique avec des variétés à croissance plus rapide et à port plus droit a fortement contribué à cette évolution ». Le second : « Les densités de boisement sont de 1200 à 1600 arbres par ha pour atteindre à la coupe rase 250 arbres par ha contre 130 il y a 25 ans. Dans le même temps, la durée de coupe a été réduite de 70 à 40-50 ans aujourd’hui. Ce raccourcissement (…) optimise la courbe de croissance des arbres. La coupe rase peut permettre une récolte de 300 à 400 m3 par ha variable selon la conduite du peuplement ».

J’espère que cette belle « forêt » vous fait autant envie qu’à moi. En tout cas, telle est la réalité. Dans les Landes, l’industrie du bois augmente la productivité de ses coupes rases tout en disposant du label PEFC, et les deux fonctions logent sous la même casquette, celle de M. Grigaut. Cela n’est guère étonnant, car le cahier des charges du label, qui rappelle tant l’esprit de l’agriculture raisonnée - faux-nez de l’industrie de l’agriculture - consiste avant tout à respecter les lois en vigueur. Audacieux, n’est-ce pas ?

ou l'histoire d'un label "bidon" soutenu par le lobby forestier, l'Etat, l'ONF...

Mais regardons de plus près. On retrouve dans la plupart des cahiers des charges régionaux du label PEFC les mêmes mots, qui ne dissimulent pas grand chose. Exemple : il ne faut pas « exécuter de coupe rase sur une surface d’un seul tenant supérieure à 25 hectares, ou 10 ha dans le cas de pente supérieure à 30% ou de site à forte fréquentation touristique, sans notice analysant l’impact de la coupe sur le paysage, l’érosion des sols et l’équilibre de la récolte ». Admirez avec moi ! Jusqu’à 25 hectares, on peut tout arracher, et au-delà, rédiger une notice que personne ne lira jamais. On a déjà vu plus rude règlement.

Tout est à l’avenant, résumé dans cette formule-choc : le propriétaire doit « respecter, concernant son activité forestière, les lois et règlements, en particulier les dispositions du code forestier, du code de l’environnement, du code de l’urbanisme et du code du travail ». Ce qui autorise - et c’est écrit en toutes lettres d’un bout à l’autre de la France - à utiliser des pesticides en forêt, et bien entendu des engrais de synthèse, mais « de manière raisonnée ». En revanche, il faut s’abstenir de tout épandage le long des cours d’eau, sauf exception. En Bourgogne, on a même le droit d’extraire ou d’exploiter commercialement la tourbe ou la terre de bruyère. Mais attention les yeux, « après avoir pris garde à ne pas modifier la dynamique de l’écosystème ».

Comment obtient-on le sésame PEFC ? En adressant un chèque à l’organisme régional. Soit en général 10 euros plus 0,5 euro par hectare et par an. Donné. En échange, les propriétaires s’engagent comme des petits fous. Extrait de l’animation « Comment ça marche », réalisée par le label lui-même (ici) : « L’adhésion du propriétaire ne se limite pas à sa contribution. Elle est assortie d’un engagement à appliquer les recommandations de la politique régionale de qualité de la gestion forestière durable ». Le mot clé, selon moi, est recommandation. Un mot d’une douceur de rêve.

Finalement, à quoi sert donc ce label ? Le Centre régional de la propriété foncière (CRPF) Midi-Pyrénées (L’Écho des forêts n°38) répond sans état d’âme : « Enfin et surtout, l’argument est commercial, la certification est aujourd’hui un atout pour mieux vendre et exporter, mais, très vite, demain, elle deviendra une nécessité pour tout simplement vendre ». Essayez de pardonner ma longueur. Je la crois nécessaire pour comprendre ce qui se passe.

Place désormais à France Nature Environnement (FNE), ces écologistes officiels qui ont pris leurs quartiers au ministère. On aura compris que je ne vise donc pas les dizaines de milliers de bénévoles vaillants qui sont fédérés, bon gré mal gré, à ce conglomérat. Mais un groupe d’apparatchiks comme il naît dans toute institution humaine, aussi noble soit-elle au départ.

FNE est associée depuis le début, depuis 1999, à la certification forestière PEFC. Des représentants d’associations de terrain siègent ès qualité, dans les grandes régions, à des réunions sans autre but que de permettre à l’industrie de vendre. À mes yeux, FNE sert ainsi de caution à une opération commerciale ordinaire. On chercherait en vain - cela dure depuis dix ans, tout de même - la moindre évolution importante des propriétaires forestiers. Une plantation de Douglas, un champ dopé aux pesticides de pins maritimes seraient des forêts. Et pourraient mériter, aux yeux d’une grande confédération écologiste, un label durable. Eh bien, cela m’est insupportable. Simplement.

Dans une réunion interne de FNE, qui s’est tenue le 20 décembre 2008, on apprend des choses ahurissantes sur ce fameux label PEFC. D’abord, sur ses dimensions réelles, qui couvrent la bagatelle de 45% du volume de bois mis sur le marché. Près de la moitié du bois made in France  est donc certifié PEFC. Notre pays aurait basculé sans en avoir conscience dans une gestion exemplaire de ses forêts. Génial !

Génial, mais faux. Un propriétaire est contrôlé tous les dix ans en moyenne, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on n’est pas vilain avec lui. Lisez donc cet extrait du compte rendu de la réunion : « Un constat est fait dans les rapports de contrôles : la plupart du temps les observations sont notées en axes d’amélioration plutôt qu’en écart. Depuis la création de PEFC, il n’y a eu aucune exclusion ». Vous avez bien lu. Ce système est si parfait et ses membres si vertueux que pas une seule exclusion du label PEFC n’a été prononcée en dix ans. Et ce label couvre 35 % de la forêt française, tant publique que privée !

La vérité, comme si souvent, est ailleurs. Et c’est encore cette réunion de FNE qui la révèle en toutes lettres : « PEFC est informée que certains chantiers se passent dans des conditions douteuses. Mais c’est une limite du système : les ER manquent d’impartialité et d’indépendance pour traiter de manière satisfaisante ces non-conformités. Les mesures de correction ne sont pas suffisantes. PEFC France a conscience de la faiblesse des ER concernant les contrôles ». Rions tant qu’on le peut encore. Les ER sont les « entités régionales » de PEFC, ses antennes. Ainsi donc, faute d’indépendance, elles sont incapables d’évaluer la qualité des chantiers forestiers. Nous voilà dans la farce la plus totale qui soit. FNE donne son imprimatur à un label qui est distribué à qui passe dans la rue. Un label qu’il est impossible de perdre.

Il existe à ma connaissance un cas où cette étrange opération a connu un sérieux raté. J’espère qu’il en est d’autres, d’ailleurs. Dans la région du Nord-Pas-de-Calais, l’association Nord-Nature, qui représente FNE, a claqué la porte des réunions PEFC en 2004. Et rompu tout lien avec ce label. L’affaire n’a pas été ébruitée, mais elle est instructive, car l’écologiste sincère qui assistait aux réunions pour le compte de FNE n’a jamais pu se faire entendre sur des questions de base. Ni sur la biodiversité, ni sur la protection des milieux fragiles, ni sur la politique sylvicole, qui détermine pourtant bien des choses. Dans le Nord, oyez, les forestiers gèrent leur label en famille, à l’abri des regards. Depuis 2004, il existe au moins une région rebelle aux desiderata de Sébastien Genest. Mais qui le sait ?

Je m’arrête ici, mais il y a une suite, qui sera tragique. Car PEFC est un label international, soutenu d’un bout à l’autre de la terre par FNE. Seule. Je veux dire qu’aucune association écologiste, de quelque pays que ce soit, n’a jugé bon de siéger dans ce machin-là. Sauf FNE, qui n’a strictement aucune légitimité pour cela. Vous verrez dans le prochain épisode que FNE, qui ne sait rigoureusement rien de ce qui se passe dans les pays du Sud, accepte pourtant de cautionner les pires atteintes aux écosystèmes les plus essentiels de la planète. Vous avez encore le droit de douter. Attendez de voir les preuves, car elles existent.

À propos de la forêt dans le monde (un scandale authentique)

Donc, France Nature Environnement (FNE) copine avec l’industrie du bois de manière à octroyer un label commercial, en France, aux monocultures de pins et de Douglas (voir l’article précédent). C’est lamentable, assurément, mais cela ne touche pas aux joyaux de notre Couronne planétaire. Au moins, du moins, les forêts tropicales et boréales ne sont pas concernées. Sauf que si. Elles le sont. Exactement de la même manière. Ou plutôt d’une façon beaucoup plus grave, avec la pleine, entière et consciente coopération de quelques responsables de FNE. Car ils sont au courant, pour l’essentiel, depuis longtemps. Comme je ne sais l’expliquer vraiment, je me contenterai provisoirement de dire qu’ils ont perdu la tête. Mais voici l’histoire.

Le label PEFC est international. Il délivre aussi des certificats de bonne conduite pour les forêts boréales et tropicales. Et cela donne des résultats inouïs. Avant de détailler, je dois nommer une fois encore Sébastien Genest, le président de FNE. Je ne lui cherche pas noise, je lui demande seulement d’assumer publiquement ses positions publiques. Et en voici une, de taille.

C’est lui - il est forestier - qui a poussé FNE à soutenir le label PEFC. Et il est aujourd’hui membre de son bureau international (ici). Regardez donc ces têtes satisfaites d’elles-mêmes, et ces titres ! Chairman, Vice Chairman, Board Member. Oh, il n’y a pas besoin de longues études pour comprendre comment marche un tel système. Quoi qu’il en soit, Sébastien Genest est au bureau international, où il sert de caution mondiale à un label qui se situe pourtant aux antipodes de l’écologie. Et il est le seul ! Le SEUL ! Aucune autre association écologiste n’a osé apposer son nom au bas des tracts PEFC, ce qui est tout de même rassurant. Mais aussi très inquiétant. Au nom de quoi FNE, qui ne dispose d’aucune expertise, d’aucun relais, d’aucun engagement dans les pays-clés de la biodiversité, ose-t-elle parler au nom de tous ? Au nom de quoi ose-t-elle prétendre que le label PEFC est bon dans les lointaines contrées boréales et tropicales ? Ce serait farce, en d’autres circonstances.

Aux États-Unis, un autre label existe depuis des lustres, American Tree Farm System (ATFS). Comme il a le même but que PEFC - vendre du bois -, il était logique que les deux s’épaulent. De rapprochement en rapprochement, un accord est conclu en 2007, mais qui doit être avalisé par un audit rigoureux. Pensez, ces gens sont sérieux. Or donc, PEFC donne mission à un organisme indépendant, ITS, basé en Australie, de certifier le certificateur qu’est ATFS. Le choses deviennent alors passionnantes.

Car il s’agit d’une rencontre entre deux adversaires assumés de l’écologie. ATFS, le label américain, est de son côté sponsorisé par le géant de l’agochimie BASF ! Si vous voulez souffrir, allez voir comment les deux larrons accordent des récompenses ensemble (ici). C’est simplement effarant. Et quant à l’organisme indépendant censé garantir l’engagement d’ATFS, il s’agit de la société International Trade Strategies Pty Ltd, dont le propriétaire s’appelle Alan Oxley (ici).

Oxley ! Nous n’habitons pas en Australie, et c’est dommage, car cet homme y est connu là-bas pour ce qu’il est. Je vous résume. Oxley a été l’ambassadeur de l’Australie aux négociations du Gatt - l’ancêtre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) - il y a plus d’une vingtaine d’années. Peu d’hommes de son pays auront fait davantage pour la mondialisation de l’économie, synonyme de destruction de la vie. Vraiment peu. Mais il faut ajouter qu’Oxley est un lobbyiste acharné au service de l’industrie transnationale et qu’il est éditorialiste d’un site internet très marqué à droite, TCS Daily (ici). J’ajoute que lorsqu’Oxley a commencé à y écrire, ce site était soutenu, entre autres, par l’entreprise pétrolière Exxon Mobil.

Et c’est logique, terriblement logique, car Oxley a été au cœur des manœuvres pour retarder la prise de conscience du dérèglement climatique en cours. Selon des sources dignes de foi, il ferait partie d’un groupe qui a tenté et tente probablement encore d’influencer les journaux et les décideurs en faveur du scepticisme climatique. En somme, il serait un Claude Allègre, rémunéré pour ses services, à la différence de l’autre.

Dans ces conditions, M. Oxley était-il l’homme désigné pour certifier que le bois labellisé ATFS est durable ? C’est en tout cas ce qu’il a fait. Le 7 août 2008, le label ami de BASF, adoubé par le lobbyiste Oxley, entrait dans la grande famille PEFC,  sous les applaudissements du bureau international dont fait partie Sébastien Genest, président de FNE.

Dingue ? Je vous laisse le soin de juger. Et m’apprête à clore cet éprouvant chapitre par un événement bien plus inouï encore. La Tasmanie, île proche de l’Australie, compte quelques forêts primaires parmi les plus belles du monde. Des arbres hauts de plus de 100 mètres et vieux de quatre siècles protègent un monde auquel nous devons tout. Le dernier des écologistes devrait être prêt à l’action la plus vive pour les préserver.

Des entreprises forestières se sont pourtant attaquées, ces dernières années, à cet héritage sacré. Après tronçonnage des arbres-cathédrales, passage d’hélicos et largage de napalm - comme au Vietnam - pour cramer les souches et laisser la place à des plantations d’eucalyptus à croissance rapide. Comme avec les Douglas du Morvan, napalm en moins. Pour que les bestioles qui auraient survécu ne puissent boulotter les tendres pousses d’eucalyptus, du poison neurotoxique a comme de juste été épandu autour des plants. Le tout pour fabriquer du papier. Du papier à chiottes, par exemple.

Des hélicoptères lancent des bombes de napalm pour incendier la forêt (credit : The Wilderness Society)

Et ce saccage dégueulasse a reçu le label PEFC. Oui. D’après The Wilderness Society, plus de 140 000 hectares de forêts primaires de Tasmanie auraient été convertis en plantations depuis 1997. Mais cette manière de tout détruire serait durable ! En Australie, l’affaire a fait un raffut du diable, à l’initiative de nombreuses véritables associations écologistes Si vous voulez en savoir plus, reportez-vous au copieux dossier réuni par les Amis de la Terre, impeccable en la circonstance (ici). Le gouvernement australien a promis 50 000 dollars pour aider PEFC à contrer la campagne écologiste de protestation. L’ambassade australienne à Paris assure que l’argent n’a pas été versé. Dans tous les cas, se rend-on bien compte, ici, de ce que cela signifie ?

Depuis 2007, la conversion des forêts primaires aurait pris fin, du moins à grande échelle. Car les coupes rases de forêts primaires continuent, suivies de « nettoyage » au napalm. La conversion en eucalyptus serait limitée à des blocs de dix hectares, lesquels peuvent évidemment, quand on les additionne, représenter des surfaces géantes. Le label PEFC ne compte pas s’arrêter en si bon chemin. Non pas. Le prochain objectif est d’une importance majeure, car il s’agit de la Malaisie, pays d’Asie du sud-est où subsistent, dans la partie malaisienne de Bornéo, d’exceptionnelles forêts primaires.

Mais il y a - elle n’est pas la seule, de loin ! - la compagnie Samling Global Limited, fondée en 1963 en Malaisie. Enregistrée aux Bermudes, son chiffre d’affaires approchait 400 millions de dollars en 2006. Elle exploite des concessions forestières en Malaisie, au Guyana - Amérique du Sud - et en Nouvelle-Zélande, sur environ 4 millions d’hectares. Comme je n’écris pas un livre, je ne peux détailler ici tous les conflits déclenchés cette compagnie avec les populations locales. Au Sarawak, les Penan chers au cœur du Suisse Bruno Manser - disparu dans de troubles circonstances - se battent contre la Samling depuis des décennies.

Un autre peuple de Bornéo, les Kenyah, sont mobilisés en ce moment même contre la compagnie. L’an passé,  les Kenyah ont dressé des barricades pour empêcher les camions de la Samling d’emporter des arbres de leur forêt du haut Sungai Sebua, du Sungai Jekitan et du Sungai Moh. Sur leurs dérisoires pancartes, on pouvait lire : « Samling, ne volez pas les richesses des terres des pauvres pour les donner aux riches de la ville ».

Je pense que cela suffit comme cela. La Samling est donc dirigée par de très braves gens. Lesquels ont obtenu en 2005 une certification forestière appelée Malaysian Timber Council Certification (MTTC, ou Conseil malaisien de certification du bois). Exactement comme les Américains d’ATFS. Restait, et reste au moment où j’écris, à réussir la dernière partie de l’opération, qui consiste à faire reconnaître le label malaisien MTTC par PEFC, ce joli machin cautionné par Sébastien Genest et FNE.

Car, je vous le rappelle, tout n’est que commercial et industriel. Si vous avez le label PEFC sur votre bois, fût-il celui des Kenyah, il pourra être vendu dans le monde entier. Et sinon, vous devrez trouver une autre combine. En ce début du mois de mars 2009, où en sommes-nous ? Selon mes informations, l’affaire avance à grand pas. Un processus de reconnaissance du label malaisien MTCC par PEFC est en cours. Au terme de ce « travail » (ici), la Samling devrait donc pouvoir disposer du sésame sur toutes ses grumes, le mot qui ouvre tous les marchés, PEFC. Bien entendu, toutes les associations écologistes malaisiennes dénoncent cette imposture. Mais que sont-elles, face à la clairvoyance de FNE ?

Oh, j’allais oublier. France Nature Environnement a bien de la chance. Oui, bien de la chance. Car dans la discrétion qui sied à ce genre de pratiques, le ministère de l’Agriculture français prend en charge le salaire de certains de ses chargés de mission. Au moins d’un, qui occupe une partie de ses journées à travailler sur le cas malais.

Dans ces conditions, je me permets de proposer à Sébastien Genest un débat contradictoire. Où il voudra. Quand il voudra. De la manière qui lui conviendra le mieux. Je ne poserai qu’une condition : venir accompagné de deux témoins. Et je suggère que nous discutions sans agressivité ni complaisance de cette certification PEFC. Moi en tout cas, je n’ai rien à redouter. Et l’enjeu concerne la totalité du mouvement écologiste. FNE, à mes yeux, doit se reprendre et quitter le bureau international de PEFC. Nous devons, tous ensemble, empêcher la certification en cours de l’entreprise Samling. Pour commencer. Pour recommencer."

 

L'Appel d'Estelle

Par ... :: lundi 01 décembre 2008 à 22:13 :: Général

Je veux relayer ce message émouvant d'Estelle, une adolescente qui a surmonté un grave cancer.

 

« A tous ces anges partis trop tôt.

- Chaque jour, ils se sont battus, jusqu'au bout, ils étaient dans des chambres stériles, loin de leurs proches, ils croulaient sous les chimios, souffraient parce que les médicaments les rendaient malades, ils avaient mal.

- La vie quotidienne pour leurs parents était si dure, et maintenant que leur ange est parti, leur vie n'a plus de sens.

- Tant de souffrances, tant de déceptions, tant de larmes, tant de douleurs...
Et pourquoi ? Pour qu'une fois de plus le cancer gagne, pour qu'une fois de plus le cancer nous arrache un ange.

"Cette génération d'enfants est la première a être en moins bonne santé que ses parents (...) " dixit le directeur de l'UNESCO. Trouvez vous cela normal que des gens manipulent engrais chimiques et autres OGM sans AUCUN remords ? Trouvez vous cela normal que c'est dans les zones les plus industrialisées qu'il y a le plus de malades ? Trouvez vous cela normal qu'il n'y a que les associations pour aider les malades et leur famille ? L'Etat en fait-il assez ??? Pour empêcher des gens de faire des conneries avec des choses dangereuses ?Pour rattraper les erreurs en aidant les familles touchées par le cancer ? Cet article est là pour toucher du doigt le problème. Il est là pour faire pleurer les gens, pour qu'ils réagissent. Il est là parce que j'ai la rage du combat, parce que nous devons tous l'avoir pour les aider. Il est là parce que rien ne m'arrêtera, je veux devenir onco-hématologue. Il est là parce qu'ensemble nous avons le devoir de faire quelque chose. Le cancer peut toucher n'importe qui. Ensemble réagissons !

Hommage à tous ces anges partis bien trop tôt : Damien - Adeline - Thibaut - Enzo - Anton - Kathia - Marius - Chloé - Hemdy - Kenzo - Alexis - Marielle - Anthony - Mathieu - Céline - Mélissa - Dana - Justine - Dylan - Aurélien - Margaux - Julien - Valentina (comment t'oublier ?) - Rebecca (tumeur au cerveau) - Morgane, 18 ans (cancer de l'os + cancer des poumons) – Nicolas et tant d'autres, je n'ai pas eu besoin de chercher beaucoup....Trouvez vous normal que la liste soit si longue ? »

 

 

Non, Estelle, nous ne trouvons pas cela normal. Pas normal que le nombre de cancers ait augmenté de 63% en 20 ans et que l’on prévoit une hausse de 45% dans les 20 ans à venir. Pas normal que les pouvoirs publics permettent aux industriels de truffer leurs cosmétiques ou  produits d’entretien de molécules cancérogènes ou susceptibles de l’être. Pas normal que nos agriculteurs inondent leurs champs de pesticides, que l’on retrouve dans l’alimentation, mais aussi dans l’air, dans l’eau… Pas normal, et même inhumain et scandaleux au plus haut point.

La carte bleue qui ouvre les portes de la forteresse

Par ... :: dimanche 30 novembre 2008 à 14:46 :: politique

Je suis tombé sur ce communiqué de presse du Parlement Européen :

"Une "carte bleue" européenne pour faciliter l'immigration hautement qualifiée. Le Parlement Européen soutient la "carte bleue" européenne inspirée de la "green card" américaine susceptible d'attirer les migrants hautement qualifiés vers les secteurs économiques de l’Union Européenne souffrant de pénurie de main d’œuvre. Cette mesure ne devrait pas remettre en cause la priorité des ressortissants de l'UE sur le marché du travail. »

Ces quelques mots nous confirment :

- que l’Europe, tout en se barricadant contre toute immigration, fait tranquillement son marché parmi les élites formées à grand frais dans les pays pauvres, et qu'elle ne s’en cache pas

- qu’elle s’inspire en cela du "modèle" américain

- que le slogan du front national, « la préférence nationale », est revendiqué et mis en pratique sans complexe par l’Europe

- que nous avons élu ces gens et qu’ils nous représentent…

Que fais-tu dimanche ?

Par ... :: lundi 24 novembre 2008 à 22:52 :: politique

 

 

Je reproduis in extenso l’appel de députés UMP contre le travail du dimanche. Ce n’est sans doute pas tous les jours qu’ils signent un texte aussi sensé. Ceci dit, le combat n’est pas gagné, car le rouleau compresseur en face est puissant. Poussé à toute force par les libéraux et les patrons délinquants – qui ouvrent déjà le dimanche sans crainte de poursuites, et par tous ceux qui rêvent qu’être humain et consommateur ne fassent plus qu’un. Ceux pour qui l’horizon s’arrête sur les parkings hideux des hypermarchés. Ceux qui ne peuvent pas supporter qu’une journée par semaine soit consacrée aux activités sociales, collectives, familiales, sportives, culturelles, spirituelles, politiques, voire tout simplement à se reposer quand le stress au travail est devenu source de tant de maladies professionnelles.

 

« Organiser des vacances familiales en fonction des congés des conjoints est déjà compliqué. Sera-t-il aussi compliqué d’organiser ses week-ends demain s’il faut travailler le dimanche ? Ceux qui demandent l’ouverture des commerces le dimanche ont-ils conscience de toutes les conséquences de leur revendication ? 
Trois questions doivent être posées à ce  sujet.
Quel intérêt économique ?
On dit qu’ « ouvrir les magasins le dimanche, c’est créer 30 000 emplois. A cela plusieurs études, dont celle du Conseil économique et social, répondent que l’acte d’achat ne serait que transféré de la semaine au dimanche. Les sites qui ouvrent le dimanche perdent ainsi 30% de leur activité du samedi. Les 30 000 emplois créés ne seraient que transférés de la semaine au week-end.  D’autres études montrent qu’à consommation égale, un emploi du dimanche supprimera trois emplois de la semaine. La menace portera également sur ceux qui travaillent déjà le dimanche, notamment les multiples petits commerces de proximité dans nos centre-villes ou dans nos centre-bourgs en milieu rural. 
La logique économique veut qu’on n’effectue pas d’achats supplémentaires sans pouvoir d’achat en hausse. La hausse du pouvoir d’achat ne se décrète pas par l’ouverture des magasins le dimanche. A l’instar des heures de temps libre dégagées par les 35 heures, l’ouverture des magasins le dimanche risquerait plutôt de créer des frustrations et du surendettement.
Quel impact sur notre société ?
«  Ouvrir les magasins le dimanche, c’est donner une liberté supplémentaire aux individus, un jour de consommation en plus par semaine ! ». Et voilà comment on passe du dimanche chômé, acquis social obtenu de haute lutte au 19ème siècle, au dimanche chômé, menace pour la liberté individuelle des consommateurs. « Si nos concitoyens ont envie d’acheter le dimanche, qu’ils achètent ! Ouvrez tous les jours, le marché reconnaîtra les siens » L’argument est cocasse car, le travail le dimanche, c’est bien quand cela concerne les autres, mais moins bien quand cela nous touche personnellement. Or, ouvrir les magasins le dimanche ne touchera pas que les commerçants. Il faudra trouver des modes de garde pour les enfants. Qu’en sera-t-il des services bancaires indispensables à l’activité commerciale ? Faudra-t-il livrer les magasins le dimanche ? Le travail le dimanche ne se fera que sur volontariat nous dit-on. Comment peut-on y croire ? Chacun sent très bien que l’ouverture des commerces le dimanche est le cheval de Troie pour une ouverture générale de l’activité professionnelle. Qu’en sera-t-il alors de toutes les activités dominicales, non seulement les cultes, mais également les activités sportives, associatives, familiales… ? N’est-il pas préférable de ne pas consommer dans les commerces un jour sur sept et de conserver ces moments de fraternité qui donnent à la vie beaucoup de sens ? Le travail le dimanche, c’est une menace pour les familles. C’est leur retirer un des rares moments de la semaine où elles peuvent se retrouver pour partager des moments indispensables qui participent à la construction de chacun. Pourquoi leur retirer ce refuge essentiel ?
Quel sens donner à une telle revendication ?
C’est en effet là qu’est la vraie question. L’homme contemporain est-il uniquement un « individu consommateur » ou est-il encore l’animal social que définissait Aristote ? S’il n’est que consommateur, ouvrons les magasins le dimanche et laissons le satisfaire son instinct. Si l’homme se construit par les relations qu’il tisse avec les autres, posons-nous la question de maintenir chômé un jour dans la semaine durant lequel les relations que nous avons les uns avec les autres peuvent être facilitées et gratuites.
La réglementation est souvent trop lourde et faite de tracasseries inutiles quand il faut organiser des manifestations sportives, amicales, associatives et religieuses où les gens se rencontrent et partagent un peu de leur temps. Elle est en revanche nécessaire pour préserver des moments gratuits, sans transaction, des moments de partage en famille ou entre amis.
« Les Français qui le veulent pourront ne pas consommer le dimanche. Il n’y a aucune obligation mais une nouvelle offre proposée» affirment enfin les partisans de l’ouverture. Peut-être. Il est cependant probable que ce moment privilégié de partage et de relations personnels sera sévèrement frappé par la concurrence d’une possibilité de consommer qui n’aura plus de limite.
Aujourd’hui, les Français ont encore plus besoin de solidarité qu’hier. Or, la première et la plus vraie des solidarités, la plus efficace, la plus riche en relations et en affection, est certainement la famille. Sachons protéger cette valeur essentielle et ne pas la fragiliser une nouvelle fois. "

Quasi-terroristes sans frontières

Par ... :: vendredi 29 août 2008 à 23:02 :: politique

Le réseau Education Sans Frontières, RESF pour les intimes, est – comme son nom l’indique – un réseau. Constitué d’enseignants, de parents, de citoyens, qui se retrouvent confrontés au problème des sans-papiers lorsque leurs voisins, leurs élèves, le copain ou la copine de leurs enfants se retrouvent du jour au lendemain inquiétés, enfermés, expulsés… Cela parce qu'ils ne sont pas en possession du bon titre de séjour. Ce réseau fonctionne avec les moyens du bord : tract, photocopies, affichettes, bénévolat, internet, présence devant les centres de rétention, dans les aéroports…

On se doutait que RESF gênait le gouvernement. Depuis que les nerfs du ministre Hortefeux ont lâché - voir plus loin - on sait maintenant que RESF gêne beaucoup le gouvernement.

Sur la forme d’abord, car un réseau, c’est insaisissable, c’est mouvant, c’est difficile à cerner. Ce n’est pas une bonne vieille association, avec un président à sa tête. Un président que l’on envoie siéger dans moult comités bidules ou conseils consultatifs, un président qui finit par aimer ça et ne plus représenter que lui-même. Un président à qui l’on donne une médaille et que l’on empaille définitivement en le nommant au conseil économique et social… Non, un réseau, c’est terriblement déstabilisant pour l’institution…

Lorsque ce réseau utilise la non-violence pour affirmer qu’aucun être humain n’est illégal, que les expulsions sont des actes politiciens, violents, injustes… cela devient insupportable.

Insupportable lorsque l’on dirige l’armée, la police, que l’on pense contrôler les médias…

 Et les nerfs craquent… David Weiss, délégué national des jeunes UMP, sur Europe 1 : « RESF, sincèrement, c’est un mouvement quasi-terroriste. Ils sont là pour faire des coups de pub, qui poussent les gens à foutre le feu un peu partout. On sait ce qui s’est passé quand il y avait eu l’interpellation à Belleville du Chinois en situation irrégulière. C’est ce type de personnes là, et franchement je n’ai aucune estime pour ce type de personne ». RESF responsable de la mort de cette chinoise, des propos ignobles, mais finalement dans la lignée de l’estime que Sarkozy porte lui-même  à ce réseau (interview 24/07/2006) : « Je ne céderai pas à cet extrémisme de gauche. Pendant des années ces belles âmes ont empêché la France de débattre des questions d'immigration. Résultat : une extrême droite à un niveau inégalé en Europe. Beau travail ! ».

Et c’était donc avant que Brice Hortefeux ne les traite de « groupuscules d’extrême-gauche », les menace de poursuites judiciaires et interdise de manifestation les défenseurs des sans-papiers.

 

Alors, pourquoi un tel acharnement contre le réseau ? Il faut dire, Monsieur Hortefeux, que ce « collectif » ne mâche pas ses mots lorsqu’il vous écrit. Pour preuve, la lettre que vous avez reçue le 16 juin dernier et dont voici quelques extraits :

« Monsieur le ministre,

(…) Vous avez fait voter une loi destinée à empêcher les parents et les enfants de vivre ensemble et jetant l’opprobre sur une immigration dont votre texte insinue, par son existence même, qu’elle serait trop prolifique et aux filiations si douteuses qu’il faudrait recourir aux tests ADN pour les établir – pratique jusqu’alors réservée aux affaires criminelles. Vous avez assigné à vos services l’objectif de 25 000 expulsions en 2007, 26 000 en 2008, 28 000 en 2009, précisant à l’unité près, les quotas dus par chaque préfecture, comme s’il s’agissait de fret. Que n’exprimez-vous vos objectifs en têtes ou en quintaux ?

 

 

 Une expulsion est un cataclysme. C’est tout à la fois une arrestation inopinée, un emprisonnement, la privation de son logement, un licenciement minute, la spoliation de la totalité de ses biens, parfois la séparation brutale d’avec son conjoint et ses enfants, la dislocation de tout lien avec son milieu et ses amis et une reconduite contrainte, éventuellement assortie de violences. C’est une humiliation totale dont on ne se remet pas. Le pays dans lequel on avait placé son espoir d’une existence nouvelle, qu’on avait parfois bataillé des années pour rejoindre, vous rejette, vous expulse et vous dépose comme un déchet, sans bagage, sur un tarmac où personne ne vous attend. Même quand les expulsés ont des proches au pays, il arrive que la honte les empêche de les rejoindre : celui qui faisait vivre toute une famille est devenu une charge. Nombre d’expulsés finissent désespérés, désocialisés, à la rue, mendiants, fous ou suicidés.

Ces ravages ne sont ni des accidents, ni des faux frais de votre politique. Ils sont son essence même. (…)"

Que ces propos sont déplaisants. quasi-terroristes !

Yalta Olympique

Par ... :: mercredi 20 août 2008 à 15:30 :: politique

Il suffit de jeter un œil sur le tableau des médailles aux Jeux Olympiques pour se dire que quelque chose ne colle pas… En effet, proportionnellement à sa population, l’Inde par exemple devrait déjà avoir obtenu 107 médailles. Hélas, ce pays ne compte en tout et pour tout qu’une seule médaille : Abhinav Bindra, en tir à la carabine…

 

 

Le continent africain devrait quant à lui en être à 78 médailles, et non à 22… Quant à Madagascar, ce pays de 18 millions d’habitants a obtenu le meilleur résultat olympique de son histoire il y a 40 ans, un de ses représentants (Jean-Louis Ravelomanantsoa) arrivant huitième de la finale du 100m… Inversement, la Grande-Bretagne ou la France – malgré les déceptions – raflent 5 à 6 fois plus de médailles que ce que leur démographie ne laisserait présager.

J’entends déjà l’explication : les moyens financiers dont disposent les fédérations sportives nationales pour financer les équipements, les athlètes… Les épreuves répétitives que nous offrent les télévisions, avec des vainqueurs américains, européens, russes ou chinois débordant de joie, ne seraient donc autre chose qu’une mise en scène médiatisée de la domination économique, politique et militaire du Monde. Les sommets internationaux, ou les réunions de l’Organisation Mondiale du Commerce ne se passent pas autrement…

Tagada

Par ... :: samedi 09 août 2008 à 15:15 :: Intermedes

Cela n’a médiatiquement pas pu vous échapper : les jeux olympiques de 2008 ont débuté. Ce concentré de patriotisme, de sport, de pollution et de gros fric qui tâche fait de nouveau parler de lui.

Dans le brouhaha publicitaire qui accompagne l’évènement, comme une incongruité de plus à mes oreilles : « HARIBO, FOURNISSEUR OFFICIEL DE L'EQUIPE DE FRANCE OLYMPIQUE».

Si nos athlètes semblent un peu empâtés et lents à réagir, si le nombre de médailles françaises ne décolle pas, nous aurons alors peut-être un début d’explication. Nos valeureux sportifs ne se seraient-ils pas goinfrés de fraises en sucre aux colorants ?

 

 

 

 

A ce propos, dans la rubrique : « je découvre jour après jour ce que me fait manger la grande distribution », un petit complément d’information sur la gélatine, matière première de cette célèbre fraise et de plein d’autres bonbons industriels. Comme elle le confirme elle-même, "la Société HARIBO utilise essentiellement de la gélatine extraite de peaux de porcs - la plus utilisée dans l'industrie alimentaire - pour la fabrication de ses confiseries destinées au marché français". Les bonbons gélifiés sonr donc fabriqués à partir de cadavres d'animaux. La gélatine est issue du collagène extrait de la peau, de la couenne, mais aussi des tendons, des cornes, des sabots et des os des bêtes. Après avoir été réduits en purée, ceux-ci sont bouillis dans de l'acide chlorhydrique à une température de 120 ºC.

Amis sportifs, bon appétit !

 

 

Francis POULENC et AUTUN

Par ... :: lundi 04 août 2008 à 20:37 :: Intermedes

Intermède estival.

Francis Poulenc, le grand compositeur français, est mort il y a trente-cinq ans. Il conserve tant d'admirateurs. Qui se font photographier devant la plaque apposée sur sa maison parisienne, ou même qui enlassent tendrement sa tombe, au Père-Lachaise...

 

                   

 

En tout cas, Francis Poulenc aimait la ville d'Autun, au Bourgogne,  au point d'écrire - dans une lettre à Pierre Bernac datée du 24 juin 1944 : 

 

 "J'ai une photo d'Autun sur ma cheminée comme d'autres d'une femme aimée".

 

 

 

 

LE TOUT AUTRE

Par ... :: jeudi 24 juillet 2008 à 17:55 :: Madagascar

Mon billet du 11 novembre dernier évoquait les milliers de Malgaches tués sur les champs de bataille de la première guerre mondiale et enterrés – lorsque leurs corps ont pu être retrouvés – dans les cimetières militaires français. Ce billet est à l’origine d’un long commentaire reçu récemment sur le blog et posté par « un jeune français ». Le voici in extenso.

 

« Je suis désolé moi aussi pour ces drames, mais je reste un peu attristé par la haine qui semble être transmise à travers ces leçons d'histoire interprétées (dont je ne conteste absolument pas l'originalité). Je ne connais pas vraiment l'histoire de Madagascar et je ne veux pas défendre la France de ses basses actions passées en particulier, qu'ils ont été les premiers à reconnaitre dans le monde et à tenter de réparer (malgré l'impossibilité de réparation), mais j'ai beaucoup voyagé malgré mon jeune âge et je pense que le français n'a pas été vraiment le pire des colonisateurs européens (en vérité je pense le contraire même si cette époque reste source de honte dans le cœur des jeunes comme moi) et en ce qui concerne les guerres mondiales, j'ai un sentiment de redevabilité énorme envers ces jeunes qui se venus se battre pour nous, pour sauver notre monde en France, en sacrifiant leur vie comme nos parents ou grands parents ont sacrifié la leur... Je vous rappelle quand même que la France a imposé des valeurs d'humanité qui ont fait progresser, s'améliorer le monde à travers les âges, même si mon pays n'est pas peuplé de gens "parfaits", comme l'abolition de l'esclavage ou les droits de l'homme par exemple...


Personnellement, en tant que français, au lieu d'envoyer la honte à tous les français du monde (message que je reçois à travers ces textes) je ferais l'éloge de cette nation malgache, qui parmi d'autres, est venue défendre mon pays loin de ses terres des invasions allemandes, et ainsi libérer le monde entier du joug de l'Allemagne qui ne s'annonçait pas des plus joyeux, et pas seulement pour les arrogants Français (génocide des juifs Allemands par exemple???). Sans l'aide des Malgaches peut-être que les Allemands de l'époque auraient créé un monde meilleur ? Peut être pas... Je reste sceptique, et je continue de me sentir redevable envers tous ces gens, français ou étrangers, qui ont défendu mon pays ainsi que le reste du monde... »

 

« Jeune français », puisque tel est votre pseudonyme, je souhaitais d’abord vous remercier pour cette longue contribution, qui prouve que le sujet traité dans mon billet vous a touché.

 

Qu’il n’y ait pas d’ambiguïté dans mes propos : la compassion que j’exprime dans ce billet envers les jeunes Malgaches envoyés se battre en Europe va aussi aux jeunes Français, séparés de force de leurs familles, de leurs villages, de leurs compagnes ou amis, pour aller pourrir et mourir sur les champs de bataille. Pour revenir ensuite, s’ils en réchappaient, estropiés, mutilés, amputés, défigurés, psychologiquement détruits. Ma compassion va vers ces enfants privés de leur père, vers les mères privées de leurs enfants, vers les sœurs privées de leurs frères.

Elle va aussi vers les jeunes Allemands – plus de 6 millions de morts et blessés – les jeunes Russes – 7 à 8 millions… et tous les autres jeunes adultes impliqués bien malgré eux dans cette gigantesque boucherie. En matière de bellicisme, la connerie des dirigeants, comme la souffrance des peuples, est transfrontalière… Ce que Paul Valéry résuma ainsi : "La guerre, un massacre de gens qui ne se connaissent pas, au profit de gens qui se connaissent mais ne se massacrent pas".

 

En ce qui concerne la colonisation, votre point de vue me semble pour une grande part issu de la propagande – aujourd’hui, on parlerait de « communication institutionnelle » - qui a permis si longtemps de convaincre les Français du bien-fondé de la colonisation.

 

La colonisation de Madagascar ? C’était d’abord une guerre. Une guerre décidée par l’Assemblée Nationale française. Une guerre d’un pays souverain contre un autre pays souverain. Les soldats français débarquant à Majunga en 1895 avaient contre eux des cuirassés, des canons, des fusils ennemis...

On peut le regretter, mais la France ne fut pas toujours un pays attaqué et forcé de se défendre. Même sans remonter à Napoléon, la France fut aussi – souvent - une puissance conquérante, qui cherchait à étendre son territoire par la force et la violence.

Je vous entends déjà me rappeler que la France était néanmoins un pays démocratique, bercé par les droits de l’homme...Le moins que l’on puisse dire est qu’elle n’en a pas fait profiter les  habitants des territoires qu’elle occupait suite à ces guerres de conquête. Les Malgaches n’ont rien vu du droit de vote, ni d’autres droits d’ailleurs, tandis qu’ils devaient se soumettre à une politique de travaux forcés et se voir enrôlés pour servir de chair à canon sur le continent européen.

 

Rappeler l’histoire, ce n’est pas faire preuve de haine envers quiconque. Car – et c’est en cela que votre commentaire fait fausse route – je n’ai aucunement envie de « faire honte aux français » comme vous le dîtes, car les habitants de la France de 2008 ne sont évidemment en rien responsables de tout cela.

 

Mais l’Histoire est utile en ce qu’elle doit nous faire réfléchir sur notre présent et notre futur. Comment se fait-il qu’un si grand nombre de responsables – soutenus par la plupart des médias de l’époque, des enseignants, des citoyens – aient accepté et même encouragé cette politique de colonisation ? Je pense que cela ne peut se faire que si l’on considère que l’AUTRE, le colonisé, est fondamentalement différent de soi, qu’il n’est en rien comparable, qu’il est TOUT AUTRE.

 

à Paris vers 1900 : les zoos humains

 

Alors quelle leçon pour le présent ? Ne serait-on pas un peu dans la même situation que ne l’étaient nos arrière-grands-parents en 1895 ?

Comment accepter en 2008 que quinze africains, dont neuf enfants en bas âge, meurent de déshydratation à bord d’une petite embarcation au large de l’Espagne ? Comment accepter en 2008 les centres de rétention, camps entourés de barbelés, où des familles entières pourront être enfermées pendant 18 mois conformément à un récente directive européenne ? Comment accepter tout cela si l’on ne considère pas que les personnes touchées par ces mesures sont fondamentalement différentes de soi ?

 

En 1895, le Malgache devait être TOUT AUTRE pour que l’armée française puisse envahir son pays.

En 1917, l’Allemand devait être TOUT AUTRE pour que les gouvernants puissent justifier la guerre (voir en cela, dans mon billet précédent, "qui est le Boche ?")

 

Le Boche, c'est un lâche égorgeur des enfants, des fillettes, embrochant les bébés avec des baïonnettes,

massacrant par plaisir, sans raisons... sans quartier

 

En 2008, l’habitant du Tiers Monde, ou le clandestin, doit être TOUT AUTRE pour que la voie sans issue choisie par les dirigeants européens puisse paraître viable aux yeux des élites et de l’opinion.

 

Dans la France de 2008,  la plupart des élus – toutes tendances confondues –  la plupart des journalistes, la plupart des enseignants et finalement la plupart des citoyens français n’ont-ils pas intégré cette vision d’une Europe forteresse, qui se protège de milliards de pauvres qui voudraient l’envahir ? Cette vision qui n’était – il y a quelques années seulement - que le fantasme de quelques hommes politiques isolés – semble être devenue un lieu commun. Comme en 1895, il semblait tout naturel que la France étende sa domination sur de vastes territoires, peuplés – pour l’imaginaire populaire – de quasi-sauvages…

Les illusions nationalistes des Européens du début du 20ème siècle, consciencieusement entretenues par les politiques et médias de l’époque - ont conduit aux pires drames.

Ne pensez-vous pas, « jeune français », que l’aveuglement des Européens du début du 21ème siècle – enfermés dans leur forteresse physique et mentale – ne peut conduire tout droit à de nouveaux drames ?

C'est ton fils qui reviendra vainqueur ?

Par ... :: jeudi 24 juillet 2008 à 17:21 :: Général

Dans son blog (que j’ai mis en lien), Philippe Ibars nous présente un cahier d’écolier trouvé dans un grenier. Nous sommes en 1917. La jeune Eugénie remplit avec soin son cahier de poésie. On imagine qu’elle devait apprendre par cœur ces poèmes et que, de sa voix d’enfant, elle devait les réciter consciencieusement à son instituteur…

 

Tout d’abord, une description des Allemands.

 

                            

 

« Qu’est-ce qu’un boche ?

Tu veux savoir, enfant, ce qu’est ce monstre, un boche ?
Un boche, mon chéri, c’est l’être sans honneur,
C’est un bandit sournois, lourdaud, haineux, et moche,
C’est un croquemitaine, un ogre empoisonneur.

C’est un diable en soldat qui brûle les villages,
Fusille les vieillards, les femmes, sans remords,
Achève les blessés, commet tous les pillages,
Enterre les vivants et dépouille les morts.

C’est un lâche égorgeur des enfants, des fillettes,
Embrochant les bébés avec des baïonnettes,
Massacrant par plaisir, sans raisons… sans quartier

C’est l’homme, mon enfant, qui veut tuer ton père,
Détruire ta Patrie et torturer ta mère,
C’est le teuton maudit par l’univers entier. »

 

Et puis le portrait inverse, celui du Poilu français.

 

                            

 

« Qu’est-ce qu’un poilu ?

Tu veux savoir, Maman, ce que c’est qu’un poilu
Un poilu, chère mère est un brave anonyme,
Un monsieur tout le monde, un soldat résolu,
À faire son devoir pour son pays sublime.

C’est un X combattant, le nombre ou l’unité
Des plus humbles pioupious aux généraux stoïques,
L’universel Prénom des Français héroïques !
Qui luttent pour le droit, l’honneur, la liberté !

C’est une âme innombrable, une parcelle immense ?
D’un Grand tout immortel, ce Grand Tout qu’est
la France
Qui
se concentre en Lui, qui pénètre son cœur.

Un poilu c’est un gars qui ne craint pas les Boches
Qui sait vaincre ou mourir sans massacrer les mioches
Un poilu ?... C’est ton fils qui reviendra vainqueur. »

 

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